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Le Comte de Bouderbala : « L’humour c’est une question de point de vue »

Texte : Mathieu Rosan
Photo : dr

Alors qu’il est actuellement sur scène pour son deuxième spectacle intitulé Le Comte de Bouderbala 2, plus de huit ans après le succès de son premier one-man-show, le Comte de Bouderbala sera de passage ce dimanche 4 novembre au Casino 2000 de Mondorf. L’occasion pour nous de discuter avec l’une des pointures francophones du stand up. 

Avant de devenir le comédien à succès que vous vous êtes, vous étiez basketteur professionnel aux États-Unis. Comment en êtes-vous arrivé à faire de l’humour ?

Je peux dire que depuis petit, j’ai toujours aimé faire rire les gens autour de moi, en classe ou en famille, parce que j’ai vite compris que physiquement, c’était pas gagné… Ajouté à cela, une timidité maladive et vous avez la panoplie parfaite du petit looser qui tente l’humour pour exister… Donc j’écrivais les choses que je trouvais drôles sans nécessairement les exploiter. C’est en grandissant que je me suis dit qu’un jour, perdu pour perdu, j’aimerai bien avoir le courage de me lancer pour voir…

Vous avez d’ailleurs une trajectoire similaire à votre ami Fabien Marsaud (Grand Corps Malade) avec qui vous avez commencé à faire du slam. Pourquoi ne pas avoir continué dans cette voix ?

Le slam a été pour moi un moyen de désacraliser l’espace scénique, de m’adresser aux gens sans me liquéfier et de pécho quelques dépressives aussi perdues que moi… Mais je trouve que l’écriture que j’avais au slam ne correspondait pas à mon vrai état d’esprit de déconneur, j’étais souvent sérieux, « deep », lugubre voire mortuaire, en bref, un vrai « relou ». Quand j’ai découvert l’écriture « stand up », ça a été une révélation mais bizarrement « Voici » n’en a jamais parlé.

D’où vient votre nom de scène ?

« Bouderbala » en arabe, ce sont les haillons, les guenilles et « le comte », car venant de la ville de Saint-Denis (la « Cité des Rois » avec la Basilique où nombre de rois de France sont enterrés…), c’est une espèce de faux noble, un « aristocrade »… Mon nom de scène vient justement de l’époque des scènes slam où l’on devait se présenter au public sous un pseudo et ce « nom » était à la base une connerie qui est restée… Comme quoi… Rien ne se perd, tout se transforme.

Vous avez tourné pendant plus de huit ans avec votre premier spectacle, Le Comte de Bouderbala 2 s’inscrit-il dans la continuité du précédent ?

Effectivement, j’ai essoré mon premier spectacle qui se plaignait beaucoup d’être trop joué et a fait un infarctus… Le second spectacle s’inscrit comme une suite du premier, c’est pour cela qu’il s’intitule « 2 »… Trouver ce titre a nécessité beaucoup de travail… Mais ce second opus, c’est avant tout l’occasion de traiter de sujets qui me tiennent à coeur avec l’envie de passer une bonne soirée avec le public. En fait, je suis un agent d’ambiance… Appelez moi pour vos mariages orientaux, barmitzvas, naissances, divorces, bagarres, déménagements…

Le fait de mélanger des textes corrosifs où vous n’épargnez personne avec des anecdotes sur votre vie, c’est quelque chose de naturel pour vous ?

J’aime bien parler et rire de choses que je connais. Et l’humour en stand up, c’est vraiment une question de point de vue, c’est tellement subjectif et personnel. Plus on emmagasine de l’expérience, plus c’est intéressant humoristiquement, à mon avis. Mais là, ça devient une interview pour Télérama

Vous débutez votre dernier spectacle par un sketch sur les attentats de 13 novembre. C’est compliqué de faire rire du terrorisme ?

Avec le recul, je pense que ne pas en parler, c’est justement ça qui rendait la chose anxiogène car c’était un peu comme l’éléphant au milieu du magasin de porcelaine… Mais j’en ai fait un sketch pour exorciser certaines peurs. Le soir des attentats de novembre 2015, j’étais sur scène, donc j’avais besoin d’en parler. Par contre, parler du terrorisme, je ne pense pas que ce soit « compliqué », c’est juste qu’il y a certaines situations qui prêtent à rire et c’est tellement salvateur.

Quel est le secret finalement pour faire rire les gens sur des sujets qui sont à priori anxiogènes ?

Le secret, c’est de trouver le bon angle d’attaque, si je puis dire… Et que ce soit drôle, bien sûr. Au pire, l’ingénieur du son envoie des faux rires et on a des complices dans la salle qui crient de rire en fixant les spectateurs, qui font la claque mais directement au visage de ces derniers.

Depuis votre premier spectacle il y a 8 ans, les réseaux sociaux ont pris énormément de place dans nos vies. Aujourd’hui tout est analysé et la moindre blague peut facilement donner lieu à une vague d’indignation. C’est quelque chose que vous avez pris en compte avant de mettre en place votre dernier spectacle ?

La chance que j’ai, c’est que je joue 95% de mes sketches en live. J’évite un peu les réseaux sociaux car je ne suis pas doué pour faire rire de ma vie sur Instagram, Twitter etc. Et je pense que faire rire via Internet, même si c’est plus libéré que la télévision ou la radio, ça reste compliqué, certains lourdauds s’offusquent vite. Je fais donc encore confiance au bon vieux principe du bouche à oreille qui reste pour moi la meilleure des communications avec le télégramme.

Vous aimez beaucoup tacler les autres artistes et notamment les chanteurs. Qu’est-ce qui vous plaît dans cet exercice ?

J’aime énormément la chanson française/francophone, quelle qu’elle soit (variétés, rap ou autres) et avec mon premier sketch sur les fautes de français des rappeurs, il y avait un consensus pour en rire. Mais j’ai trouvé que parfois, on en riait pas pour les bonnes raisons vues les origines des artistes en question, c’est pour cela que j’ai voulu rectifier le tir en charriant les artistes-icônes de la variété française. Certains en sont morts, d’ailleurs.

Vous êtes-vous déjà fixé des limites concernant les sujets que vous choisissez ?

Je pense que la vraie limite, c’est « est ce que c’est drôle ou pas? » Et c’est avant tout le public qui dit à un artiste si ce qu’il raconte est comique ou ne l’est pas. Et au pire, si ce n’est vraiment pas drôle, il finira à la télé.

Vous aimez vous amuser des spécificités des villes et des pays par lesquels vous passez. Vous avez déjà des pistes concernant le Luxembourg ?

J’aime bien repérer les détails qui font qu’une ville ou un endroit est unique et avec la tournée, j’ai la chance d’aller partout en France mais pas seulement. En ce qui concerne la venue du Comte au Grand Duché (sourire), ce sera la seconde fois que je joue au Luxembourg et au delà de l’immense plaisir fiscal, ce sera l’occasion de parler un peu de nos chers voisins si proches, si riches mais si simples, une belle soirée en perspective (rires).