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«Il y a toujours une émotion à traduire»

Texte : Raphaël Ferber
Image: Romain Gamba

JeanPaulCarvalho

Jean-Paul Carvalho, qu’on connaît pour avoir créé (avec l’architecte François Doneux) le 1535° «Créative Hub» de Differdange, passe du côté des jurés à l’occasion des Luxembourg Design Awards, dont la cérémonie de remise des prix est prévu pour le 1er juin, à l’Abbaye de Neumünster.

Ça fait quoi d’être membre du jury des Luxembourg Design Awards?
Jean-Paul Carvalho : J’avais déjà été invité dans un jury mais c’est la première fois que je le suis pour un concours de design international. Et ça, franchement, c’est un véritable honneur! C’est même émouvant.

Qu’avez-vous pensé des projets que vous avez pu examiner?
Le niveau de la Grande Région est de plus en plus élevé et ça va continuer d’évoluer. Les designers se sentent bien ici, les esprits s’ouvrent. J’ai vraiment confiance en la nouvelle génération. Quant au jury, il est international, ses membres viennent d’Autriche, des Pays-Bas, d’Angleterre, d’Allemagne…, de différents domaines et appartiennent à différentes générations… On a vu des centaines d’images, de produits, il y avait beaucoup de points de vue différents. C’était une journée très riche, passée aux côtés de designers de très haut niveau. Moi, en tout cas, j’ai énormément appris.

Passez-vous, vous-mêmes, par des concours?
On n’en fait quasiment jamais (il dirige son propre cabinet, Carvalho Architects, ndlr). A chaque fois qu’on en a gagnés, nos projets n’étaient ensuite pas concrétisés… Cela m’a un peu démotivé. Donc, à un moment donné, j’ai dit stop. Ceci étant… on participe en ce moment-même à un concours d’architecture lancé par la commune de Mondercange. Il s’agit de réaliser un complexe adapté à l’enfance, donc une maison relais-crèche, une salle de sport… C’est tout ce qu’on aime: quand se croisent le design, la pédagogie et l’architecture. On a passé la première étape de qualification, il va désormais falloir élaborer des plans, des images de synthèse et rédiger les textes de présentation afin de coucher nos idées sur papier. Mais il y a d’autres bureaux très bons sur le coup…

«Beaucoup se dirigent soit dans l’émotion, soit dans la fonction et du coup, on tombe soit sur des choses pas belles, soit sur des choses pas pratiques»

Quel regard portez-vous, justement, sur le niveau d’architecture et de design au Luxembourg?
Il y a eu une très forte progression ces dernières années, que ce soit dans le design graphique -celui qu’on connaît le mieux-, le design informatique, industriel… Des designers de renommée internationale se sont installés au pays, et des jeunes, très peu connus du grand public, mais qui élaborent des produits vraiment sublimes. Après, il ne suffit pas d’avoir une bonne idée, il faut la montrer et trouver un éditeur pour la commercialiser.

C’est quoi, un bon designer?
Je repense toujours à mon prof’ à l’université, qui prenait l’exemple de deux cuillères à soupe. L’une est magnifique aux yeux de tous mais quand on s’en sert pour manger, ça ne le fait pas. L’autre est moche, peu intéressante au toucher, mais très agréable en bouche, sa cavité est bien adaptée. Le design, c’est l’harmonie entre la fonction pure de l’objet et une esthétique qui touche au coeur. Cet équilibre, un bon designer doit toujours l’avoir en tête. Dans notre domaine, beaucoup se dirigent soit dans l’émotion, soit dans la fonction et du coup, on tombe soit sur des choses pas belles, soit sur des choses pas pratiques.

Qu’avez-vous à l’esprit quand vous vous attaquez à un bâtiment, comme le 1535°, que vous avez rénové sur l’ancien site d’ArcelorMittal à Differdange?
Il y a toujours une émotion à traduire. Dans le 1535°, il fallait respecter et conserver l’histoire du bâtiment, son âme, et l’adapter aux créatifs qui y travaillent, au restaurant, aux normes… Si une personne de 70 ans débarque au 1535°, elle pourra dire « Tiens, ici, j’avais mon bureau, ça, c’est ma porte, ça, c’est moi qui l’ait écrit »… Lors de la journée portes ouvertes, on a vu des hommes avoir des grosses décharges d’émotions en entrant dans le bâtiment. Quand on a élaboré le Centre Culturel Portugais à Luxembourg, notre façon de faire passer de l’émotion, ça a été de créer un bâtiment ouvert afin de mettre toute la culture en avant. C’est pour cela que tout est blanc. Les seules couleurs qui ressortent, ce sont celles des livres, des photos, des peintures et des sculptures.