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Lamborghini lance son SUV de luxe, un segment en plein boom

Le constructeur italien de voitures de sports Lamborghini a présenté lundi son SUV, se positionnant à son tour, comme ses homologues du luxe, sur ce segment porteur sur lequel il avait fait simplement une incursion à la fin des années 1980.

Ce 4X4 urbain baptisé Urus, qui se veut un « Super SUV », a été présenté lors d’un grand show, dans l’usine historique du constructeur à Sant’Agata Bolognese, près de Bologne (nord).

Construire ce SUV, qui sera vendu quelque 170 000 euros hors taxes en Europe, « fut un défi à tout niveau », a déclaré le PDG de Lamborghini Stefano Domenicali, en précisant que grâce à celui-ci le groupe devrait doubler son volume de production en 2019.
Lamborghini avait écoulé 3 457 bolides l’an dernier.

L’Urus, à l’architecture hexagonale, affiche des lignes diagonales à l’avant comme à l’arrière, un profil bas à l’avant pour un SUV et des fenêtres à angles marqués. Doté de pneus Pirelli inédits et d’un moteur V8 biturbo, l’Urus « permet de se déplacer sur la route, les pistes, la glace mais aussi les dunes de sable », avec ses suspensions et sa hauteur modulables, a expliqué Maurizio Reggiani, directeur de la recherche et du développement.

L’Urus peut passer de 0 à 100 km en 3,6 secondes et atteindre une vitesse maximale de 305 km/h, ce qui en fait le SUV plus rapide du marché, a-t-il noté. Lamborghini a investi plusieurs centaines de millions d’euros à Sant’Agata Bolognese pour ce SUV, doublant la capacité de production de l’usine et embauchant quelque 500 salariés supplémentaires.

Lamborghini, dont les super sportives coûtent plusieurs centaines de milliers d’euros, a le vent en poupe. Entre 2010 et 2016, ses ventes ont été multipliées par 2,6, profitant du « travail extraordinaire fait sur la marque et la qualité par Audi » (groupe Volkswagen), qui a acquis Lamborghini en 1998, mais aussi de l’augmentation du « nombre de super-riches dans le monde », explique Carlo Alberto Carnevale Maffè, professeur de stratégie à l’Université Bocconi de Milan.

Explosion des super voitures

L’expert souligne la « forte polarisation du marché automobile », avec à l’extrême une voiture qui devient un simple moyen de transport (voiture électrique…) sur fond de préoccupations écologiques, et de l’autre l’explosion du luxe et des « super voitures ».
« Lamborghini est quasiment la dernière marque sportive à arriver sur le segment (des SUV), qui suscite une forte demande des plus riches », note M. Carnevale Maffè, en rappelant que « Porsche, avec la Cayenne en 2002, avait été la première à abattre le tabou » et qu’Alfa Romeo s’est lancé cette année.

« Techniquement, c’est un défi. Tous les SUV de ce segment sont un paradoxe mécanique » — ils répondent à des images contradictoires entre voiture de sport rapide et SUV normalement fait pour du tout-terrain — mais c’est « une réponse juste à la demande du marché », ajoute-t-il.

D’autres marques haut de gamme comme Bentley (Volkswagen), avec la Bentayga, ou Mercedes, avec la G-Class, se sont aussi positionnés ce segment, qui permet de dégager de confortables marges. Les ventes de SUV et cross-overs ont bondi de 233% en dix ans, atteignant 26,47 millions d’unités en 2016, et devraient encore croître de 30% d’ici 2020, selon IHS Markit. Mais le segment super haut de gamme n’en représente qu’une infime partie.

En 2016, 21.000 SUV de luxe ont ainsi été commercialisés, un chiffre en hausse de 346% en cinq ans. Il devrait encore bondir de 40% d’ici 2020, pour atteindre un pic autour de 29 300 véhicules, grâce à l’arrivée de l’Urus mais aussi d’Astom Martin DBX ou de Rolls-Royce’s, selon IHS Markit.

Avec le SUV, Lamborghini « va élargir encore sa clientèle, qui va devenir plus +mainstream+, il pourra séduire aussi des femmes », alors que la marque avait jusqu’ici une image « macho », note M. Carnevale Maffè. Et même si cette ouverture risque d’entamer la notion d' »exclusivité » tellement importante pour ce type de constructeurs, « les voitures coûtent quand même 200 000 euros. Cela devient une luxe accessible, comme le sont devenus en quelque sorte Hermès ou Louis Vuitton », souligne le professeur.