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Mc Solaar fait un retour solaire après 10 ans d’absence

« Voir comment on va être accueilli, notamment chez les jeunes, c’est un challenge » : après dix ans d’absence, MC Solaar, figure majeure du rap français des années 90, revient avec « Géopoétique », dans lequel il conserve intacts sa verve, son verbe et son flow.

« Je suis hyper motivé. C’est du supplément d’âme au bout, j’espère qu’il y en a qui vont apprécier ce 8e album quand même ». Tel un vieux boxeur sur le retour, MC Solaar, 48 ans – un âge presque canonique chez les rappeurs -, remonte sur le ring avec le défi de mesurer son hip hop avec celui des cadors actuels.

A l’instar de NTM, qui célèbrera en 2018 ses 30 ans d’existence, et de IAM, qui lance mercredi une minitournée pour les 20 ans de « L’école du micro d’argent », MC Solaar est un des pionniers d’un genre qui est devenu en France la pop d’aujourd’hui, en ce sens que les musiques urbaines sont les plus consommées sur les plateformes de streaming.

Une décennie a passé depuis « Chapitre 7 », une éternité à l’échelle du rap. Alors pour ouvrir son nouvel opus, celui qu’on appelle aussi Claude MC a pris soin de rappeler que « Tout a commencé là-bas dans la ville qu’on appelle Maisons-Alfort ». Ainsi débute « Intronisation », comme débutait « Bouge de là », son tout premier tube sorti en 1990.

L’auto-citation ne s’éternise pas sur ce nouvel album de 19 titres, dans lesquels MC Solaar évoque la société actuelle, sa logique de compétition qui détruit tout (« EKSASSAUTE »), l’enfermement (« La clé »), le temps qui passe (« Sonotone »), les ravages de la guerre (« Les mirabelles), le jazz (« J.A.Z.Z – Kiffez l’âme »), sans oublier Serge Gainsbourg (« Super Gainsbarre »).

« Le rap c’est du pop art »

En revanche, nulle chanson revendicatrice à l’horizon. « J’ai peur de prêcher des convaincus. Mon truc c’est parler d’histoires normales, de la vie de tous les jours », assure-t-il. Quelle que soit l’histoire, Solaar captive toujours autant par cette poésie virtuose et tranquille qui en fait plus que jamais un rappeur à part, à l’heure où le rap fait la part belle à la « punchline », cette fameuse réplique qui percute. Presque anachronique en somme.

« Le rap est un océan, expose-t-il. Il y en a qui veulent être dans le grand bain, d’autres dans le petit bain, moi je préfère être dans mon bocal. Je fais mon truc, qui ne ressemble pas à quoi que ce soit. »

L’exercice préféré de celui qui fait de la prose un combat permanent est l’allitération. Quelques-unes fleurissent dans « Géopoétique », mais évitent l’écueil de la gratuité. « Ce sont de vrais moments de plaisir, sourit-il. Les allitérations servent à rythmer le morceau. Mais il faut réussir à raconter quelque chose dedans. Il faut que ça ait un sens, sinon c’est trop difficile à prononcer. Chaque fois que je n’ai pas mis le bon mot, je n’arrive pas à chanter. »

« Or dans le rap, le bon mot on s’autorise à le chercher un peu partout, poursuit-il. Dans les fleurs, la mythologie grecque, la télé, que sais-je… Ce que la chanson permet moins. Le rap c’est du pop art. On emprunte à toutes les cultures. C’est l’art du détournement. »

Outre la plume, ce qui fait depuis longtemps le sel de Solaar, c’est son flow. Alors, quand on lui demande si la décennie d’inactivité n’a pas altéré sa maîtrise des rimes et des rythmes, il répond en haute cadence : « Je les maîtrise tous. Je sais tous les faire. Je sais tous les faire. Je sais tous les faire. Je-sais-tous-les-faire ».