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« Aimée » : Julien Doré livre son album le plus personnel

Julien Doré livre son album le plus personnel, Aimée, réussite au carrefour du dansant et du mélancolique, après avoir rééquilibré sa « vie d’homme et d’artiste » comme il le dépein.

« Je suis parti de Paris, car l’aiguille penchait trop sévèrement sur ma vie de chanteur et quand ça s’arrêtait, j’attendais de faire la suite. Et si tu n’existes que quand tu fais ça – de la musique, des chansons, de la scène – tu t’oublies en tant qu’homme », confie l’artiste aux 1,5 million de disques vendus.

D’où un retour dans ses Cévennes chéries et une absence de trois ans. « C’était important de rééquilibrer, et ça n’a fait qu’aider la partie artistique: je n’avais plus d’urgence à écrire des chansons, j’aime la façon dont elles sont là », poursuit celui qui livre vendredi son 5e album (Sony/Columbia).

Ce « changement de vie » n’a pas permis de résoudre toutes les équations. Il se perçoit toujours, après plus de 12 ans de carrière, comme « ce gars qui faisait des chantiers et à qui on a mis une lumière sur la gueule ». Et qui ne comprend toujours pas « pourquoi sa parole est alors écoutée et pourquoi sa personnalité devient alors intéressante ».

« Je disais stop »

Mais il a au moins fait le tri. « J’ai eu peur après mes derniers albums de n’être qu’un faiseur de chansons d’amour: cette fois, dès que j’écrivais des choses comme ‘plage, coeur, coquillages’, je disais ‘stop, tu sais faire ça déjà’. J’ai trop de respect pour des artistes qui ont pris des virages comme Christophe, Jean-Louis Murat, qui vont chercher de nouvelles matières, de nouveaux sons ».

Plusieurs morceaux s’ouvrent ainsi à des préoccupations environnementales. Mais Doré évite toute posture, ironisant d’entrée sur sa personne dans les deux versions de sa chanson « Barracuda »: « Tout l’monde a quelque chose à dire sur mes cheveux ou le climat/Bien que les deux aillent vers le pire, personne ne se battra pour ça ». Et, comme il le souligne, « il y a plein de thèmes, pas que le réchauffement climatique ».

L’idée de la transmission revient à de multiples reprises, amplifiée par des voix d’enfants. « Oui, il y a cette hyper-présence d’une nouvelle génération, qui me coupe la parole, me dit l’inverse de ce que je chante, comme dans Kiki, où c’est comme un père qui écrit une lettre à son enfant – qu’il aura peut-être un jour – et lui dit faudra que tu pardonnes, on était fatigués. Et les enfants chantent on n’est pas fatigués, refrain qu’on entend parfois dans un stade de foot, ou dans un dimanche en famille, avec des gens un peu bourrés ».

« Pulsion de vie »

La présence des mômes nourrit donc son opus le plus adulte, à 38 ans. « Comme on en discutait avec un pote, c’est bien, cette fois je n’ai pas gommé le pessimisme qui fait partie de moi ». Un côté sombre qui flirte parfois avec des envies de solitude. Des plans d’un îlot flottant – respectivement sur l’eau et dans les airs – imprègnent d’ailleurs le début et la fin des clips des morceaux La Fièvre et Barracuda II.

« Il y a de ça, aimer la solitude et l’isolement, c’est une dérive possible chez moi. Mais ces îlots flottants et dérivants peuvent se raccrocher à quelque chose », rebondit-il. Comme « le partage et l’échange » qui surgissent toujours.

Des élans contrariés par le Covid-19. Il se désole évidemment, entre autres, des salles de concert aux portes fermées. L’interview a ainsi lieu dans une salle des Folies Bergères déserte, l’occasion d’une pensée pour ses « potes techniciens qui ne partent pas en tournée ». « Le silence autour de nous est pesant, si les salles de spectacle pouvaient parler, elles diraient que le repos a assez duré, qu’elles ont besoin de cette pulsion de vie ».