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Ben Mazué, la mélancolie sublimée

Il était parti sur l’île de La Réunion pour souder son couple, en vain : Ben Mazué en a rapporté un album de rupture, tout sauf sombre et qui baigne dans une belle lumière sur scène.

L’album Paradis, réédité récemment avec trois titres bonus, est donc devenu un « Paradis tour » qui a rempli pendant trois soirs les Folies Bergères à Paris fin novembre. Cette tournée se poursuit cet hiver et passera par des salles estampillées Zenith au printemps, notamment celui de la capitale française le 8 avril.

Le show commence par l’explosif Quand je marche. « J’ai le trac avant les concerts, je rentre sur scène avec une angoisse intérieure forte et je ne peux pas jouer un titre calme ; ce morceau qui est un amoncellement de tâches à faire, où je dis « stop, je vais me lâcher, me laisser porter », me permet de rentrer dans le spectacle », confie le chanteur.

Avec cette chanson, le public embarque aisément dans son univers puisque la particularité de l’artiste sur scène est qu’il contextualise beaucoup entre les morceaux, ouvrant un carnet de bord qui n’a rien de pesant ou d’impudique. Car c’est sa vie qu’ausculte cet ancien étudiant en médecine dans son oeuvre, avec lucidité et recul (« Puis écrasé tu l’as vite été/Par un ego de chanteur énorme » entend-on dans « Nulle part »).

« Ca marche »

Son premier album s’appelle Ben Mazué en 2011, le deuxième se nomme 33 ans, marquant cet anniversaire. Le 3e et avant-dernier opus est titré La femme idéale. Dans ce disque, un titre, La mer est calme, tourne autour de la crainte d’une fin d’histoire : « Et j’attends les remous/Les grandes lames ». Et la séparation survient donc dans un petit coin de « Paradis » de l’Océan Indien.

Pendant son spectacle, Ben Mazué narre qu’il se levait à 04h00 tous les matins pour marcher, à La Réunion. Et qu’il ne fallait pas être psychanalyste pour comprendre que son couple n’était plus fringant. Les titres de Paradis sont nés pendant ces escapades, mémorisés sur son mobile. « J’ai composé à l’oral, en marchant, avec la mélodie de la voix, je fredonnais d’abord et quand ça fonctionnait, je commençais à y mettre des mots – on a le temps de faire tout ça quand on marche à La Réunion (rires) – j’aimais bien l’idée que ça marche sans musique autour », raconte-t-il dans son studio d’enregistrement parisien.

« Ne jamais s’excuser de l’ambiance d’un morceau »

Ben Mazué

Il dit « ça marche » et c’est en partie le fil rouge de son show où deux musiciens l’accompagnent. En concert, sur l’écran derrière lui, support d’ingénieuses trouvailles de mise en scène, il projette notamment une simili-carte de randonnée qui éclaire un cheminement personnel.

« Boucler la boucle »

Comme un sentier (parcours de vie) à arpenter, le spectacle alterne montée d’adrénaline, obstacles franchis, second souffle retrouvé. La respiration se coupe au détour de deux chansons sur sa mère, décédée, et son père. « Il ne faut jamais s’excuser de l’ambiance d’un morceau, qu’il soit très enjoué ou triste, le tout est de trouver une dynamique pour sortir du spectacle en ayant passé un bon moment ». La standing-ovation des Folies Bergères livre son verdict. « On finit par la chanson Les jours heureux car je suis fondamentalement optimiste et cet album est optimiste », insiste ce quadragénaire qui aborde sereinement la deuxième partie de sa vie.

« Cet album a été écrit à La Réunion et à la fin d’été/début d’automne 2022 on finira la tournée à La Réunion, pour boucler la boucle », conclut-il.