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Bienvenue au Panthéon Technocosmique Queer de Dance Divine

Par Fabien Rodrigues

Ses apparitions au Luxembourg sont certes choisies avec grand soin, mais chacune d’entre elles ne peut confirmer qu’une chose : Dance Divine est une de ces artistes qui font bouger les choses, qui font exploser les cases et qui floutent les limites du possible avec brio. Entre le Grand-Duché, Berlin et le reste du monde, cette technopapesse en devenir n’aura de cesse que de nous emmener dans son voyage musical et cosmique, notamment lors de la Luxembourg Pride le 13 juillet prochain…

Diana Dobrescu – she/they/them pronouns – est née à Bruxelles, au sein d’une famille qui avait fui la chute du régime communiste roumain, arrivée dans la capitale européenne sous le statut de réfugiés politiques. Un papa ingénieur, qui accède à un poste à responsabilités au Luxembourg ; Diana n’a que 9 ans mais prend vite ses marques au Grand-Duché : « J’estime que c’est une chance d’avoir été élevée en grande partie ici, j’ai adoré grandir au Luxembourg, j’ai pu effectuer mon cursus scolaire à l’École européenne, apprendre à parler cinq langues »…

Une identité entre terre et ciel

Bac en poche, elle s’en retourne tout de même à Bruxelles où elle étudie entre autres le journalisme, mais d’autres choses lui trottent alors sévèrement dans la tête. « J’étais loin d’être une élève modèle, j’étais toujours dans mon monde fantasmatique… C’est alors que j’ai commencé à devenir astrologue, en m’intéressant à comment les astres et l’énergie quantique peuvent avoir un impact sur les gens. J’ai très vite commencé à réaliser des thèmes astraux auprès d’une clientèle fidèle, dont l’énergie s’alignait bien avec la mienne ».

Elle entend alors des mots comme sorcellerie, ou witchcraft en anglais, un terme qui ne la dérange pas plus que ça, mais auquel elle préfère largement healing craft – l’art de soigner. Un art auquel elle combine vite la musique, en participant notamment à des jam sessions alternatives qui élèvent encore sa conscience artistique. « Apprendre à connaître les êtres humains à travers l’art et la musique est quelque chose d’incroyable, qui dépasse l’espace et le temps à mon sens », confie Diana avec une sérénité bienveillante qu’il est difficile de ne pas ressentir. Faisons fi des « peine à jouir » – pour citer la très appréciée maire de Paris, Anne Hidalgo : Dance Divine ne joue pas sur le même plan que la plupart de l’humanité et c’est tant mieux. Elle ne joue pas, ne mime rien et imite encore moins, sa personnalité organique ne semble inspirée que par un courant naturel at créatif sur lequel Diana surfe avec aisance, entre inspiration et convictions.

La musique pour connecter 

À Bruxelles, avant d’être aspirée dans un tourbillon passionné par la musique techno pendant et après les différents épisodes de confinement pandémique, elle devient elle-même organisatrice de jams, co-crée un collectif et monte une galerie d’art alors qu’elle n’a pas encore 25 ans, dans un contexte cosmopolite qu’elle apprécie particulièrement. L’endroit, Niko Matcha, est un lieu de rencontre citoyen et culturel que l’on pourra trouver jusque récemment au Grand Hospice, non loin de la place Sainte-Catherine…

Diana y rencontre l’artiste Kompo, qui devient un ami proche et avec qui elle développe le projet Dance Divine dans un échange vertueux de story telling et d’appréhensions de matériel technique, ce qui l’amène à produire son premier album, dont le concept est de poser la question « Comment s’amuser avec le chaos ? ». Les mots deviennent des outils « alchimiques » pour connecter les gens entre eux, LA grande valeur intrinsèque de Dance Divine et de Nadia Dobrescu au quotidien, mais les influences musicales viennent de mouvements bien réels : le funk de Prince et de Detroit, les performances de Laurie Anderson – qu’elle qualifie de « Mother » – ou encore l’univers si unique de Björk. Elle adore créer cette musique, mais elle comprend aussi alors l’envers du décor, le business de l’industrie musicale : il faut des contacts, un bon label, de l’entregent pour percer…

À cela, elle préfère tourner avec ses différents groupes, « avec ton mon matériel d’époque, qui peut être très encombrant », comme le synthétiseur Juno sur lequel un danseur un peu trop proche renverse un verre plein d’alcool un soir de prestation parisienne ! Cet aspect physique parfois difficile et la fin des confinements vont amener Dance Divine à s’engager dans une voie plus numérique et DJing, plus « connecté ». 

She’s here, she’s queer

Les convictions de Diana sont d’abord et avant tout celle du don dont qu’elle a reçu et la volonté de le partager, de se connecter aux autres via lui. Et elle va être renforcée au fur et à mesure de la prise de conscience de son identité queer, de l’acceptation de cette « féminité masculine » qu’elle ressent en elle, de cette « guerrière butch » qu’elle voit dans son miroir… « Je pense que cela m’a aussi aidé à accepter que je ne pouvais pas être tout, que je peux très bien être seule sur scène, que je peux organiser mes tournées comme je l’entends sans devoir forcément faire de compromis sur la manière dont je souhaite allouer mon temps. J’aime beaucoup toutes mes collaborations, mais ce focus sur moi m’a permis de me concentrer sur mes différentes identités plutôt que sur trop de projets ».

Aujourd’hui, Diana se définit comme une artiste transmedia qui se « décline » en trois identités créatives : Dance Divine l’entertainer, Monica Kinolta la musicienne adepte de hardware et Cyber Amazone, un dispositif musical dédié à combattre l’ordre patriarcal établi ; « ce qui me permet de montrer qu’en tant que femme queer et productrice d’avant-garde, je peux continuer à me questionner moi-même, à apprendre de mes erreurs et à transmettre les enseignements que j’en tire, à évoluer dans mes identités ». Géographiquement, son terrain de jeux se trouve principalement entre Berlin et Luxembourg, mais s’étend régulièrement à travers le globe, comme lors de ses résidences à Miami, mais aussi de ses tournées en Asie (Chine, Indonésie…) ou en Tunisie où elle s’est fortement liée aux communautés queer locales, souvent sous-représentées et marginalisées.

Sur la scène luxembourgeoise, Dance Divine – qui s’est identifiée comme non binaire pendant plusieurs années – estime qu’il y’a encore beaucoup de place pour plus d’activisme queer vertueux et de représentation parmi les artistes et les grands événements culturels, notamment en matière de présence féminine, mais qu’il faut toujours « faire attention au pink washing ». Selon l’artiste engagée, son activisme « est là pour inciter à la tolérance et à l’expression de soi, à son rythme ; à pouvoir fleurir et s’épanouir dans ce que l’on souhaite et dans une temporalité propre, sans subir de pression, de jugement ou d’excès de la cancel culture ».

Mais Diana va bien au-delà du simple activisme queer : elle étend son interaction avec autrui dans une optique de transformation de la haine en enseignement : « il est impossible d’empêcher ce qui se passe dans le monde aujourd’hui, mais plus nous pourrons process, interpréter les événements et créer de belles choses en ce faisant, plus nous pourrons, peut-être, nous élever en donnant la priorité à ce qui nous connecte : l’amour, l’humilité, la compassion, la solidarité »… Et c’est exactement ce qui se retrouvera au centre de prochain album de Dance Divine.

Dans l’immédiat

Si la Luxembourg Pride affiche des visages d’artistes queer incontournables de la scène pop internationale comme Bilal Hassani, Conchita Wurst ou Gustaph, représentant de la Belgique lors du concours Eurovision de 2023, le public pourra aussi compter sur la présence importante de Dance Divine, dans un volet plus alternatif, mais aussi très inclusif et local. Il faut dire que sa performance à la Kulturfabrik avait fait grand bruit lors de l’édition 2023 !

« L’idée pour mon set du 13 juillet prochain serait de créer un show de deux heures, qui dépeindrait la libération d’une entité contrainte, n’éprouvant aucun plaisir particulier d’exister, mais se transformant en une fleur qui éclot en mille pétales dans une métaphore musicale mémorable. Je suis encore en train de conceptualiser la chose, mais j’imagine deux artistes jumelles que j’aime beaucoup à mes côtés sur scène – un peu comme Beyoncé et Les Twins, dont elle ne se sépare jamais ou presque – mais qui seraient ici deux sœurs lesbiennes berlinoises géniales qui m’aideraient à questionner en live cette notion d’identité et au travail qu’il faut fournir pour découvrir la sienne – ou les siennes, comme dans mon cas ». On vous a perdu ? Après tout, si vous êtes arrivés jusqu’à cette presque fin d’article, vous ne pouviez pas vous attendre à moins de la part de Diana ! Ne reste à voir ce que tout cela donne le jour J…

En attendant cet événement devenu incontournable, Diana travaille activement sur son propre label Aquatransmute, « un label queer qui a pour vocation d’organiser des événements et des live streams au Luxembourg autour du potentiel naturel et culturel du pays, de rassembler les femmes et les personnes queer et de mettre en relation et lier, à l’échelle internationale, des producteurs et des artistes visuels afin de générer une plateforme transmedia évolutive ». Un réseau numérique déjà actif et créé en mars pour raison…cosmique ! En effet, Diana n’a jamais oublié ou laissé de côté son don d’astrologue, et il se trouve que les planètes étaient alignées à ce moment pour le lancement du label et d’un nouvel album… Et pour voir l’artiste tout donner en live, c’est à la Luxembourg Pride, ce samedi 13 juillet à partir de 21h…

Ce format est également à retrouver dans le nouveau Bold Magazine #86, à lire en ligne ici!

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