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Bon Entendeur : « Proposer une autre façon de partager des idées »

Interview : Mathieu Rosan
Photo : Alice Kong

Véritable phénomène sur Soundcloud et YouTube avec plus de 70 millions d’écoutes cumulées, un Olympia sold out sept mois avant la date, Bon Entendeur est le trio electro du moment, composé d’Arnaud Bonet, Nicolas Boisseleau et Pierre Della Monica. La raison de ce succès ? Leurs mixtapes mélangeant vocaux de personnalités et sons electro qui se sont, chacune, imposées comme des événements. De passage à la Rockhal le 26 octobre prochain, on a eu envie d’en savoir plus sur ce collectif pas comme les autres. Rencontre avec Nicolas Boisseleau qui nous emmène dans l’univers Bon Entendeur.

Est-ce que tu peux nous expliquer le concept assez particulier de Bon Entendeur ?

C’est assez particulier effectivement (rires). Au départ, c’était uniquement des playlists et idéalement des musiques pas trop connues. En septembre 2013, on a sorti la première mixtape avec des vocaux de personnalités. Depuis cette date, on en a fait quasiment 50 sur lesquelles on met à chaque fois à l’honneur une personnalité francophone différente. On la fait parler et on met ses paroles en musique pendant une heure sur des thèmes différents. C’est ce qui nous a permis d’émerger et d’être aujourd’hui à plus de 70 millions d’écoutes sur Internet.

Pourquoi avoir fait ce choix d’articuler la langue française et des sons électro-pop ?

Au début, c’était plus une sorte de trait d’humour avec l’emprunt des vocaux de Domique Strauss Khan sur Le rendez-vous. C’est vrai qu’avec un peu de recul, cette première mixtape sort du lot. Ensuite, on s’est dit que ça pouvait être intéressant d’insérer des discours véritablement inspirants. C’était vraiment une décision collégiale de se dire que c’était cool de raconter plusieurs histoires tous les mois. Ensuite, on a enchaîné avec des personnalités charismatiques. Avec du recul, DSK est une intro qui n’est pas forcément représentative du projet.

Justement, pourquoi Dominique Strauss Khan ?

C’est assez simple : Arnaud a entendu l’un de ses discours en direct au cours duquel on pouvait entendre une musique de fond. L’ensemble ressemblait à une blague et, notamment, dans la manière dont il essayait de se dépêtrer de la situation complexe dans laquelle il était. On s’est alors dit qu’on pouvait le mettre en introduction dans l’une de nos musiques. D’ailleurs, si tu la réécoutes, tu ne l’entends que 45 secondes environ : après, ça reste une mixtape classique ou il n’y a pas d’autre intervention.

Comment choisissez-vous les personnalités que vous mettez en avant ?

C’est assez militaire : on a un système de fichier où l’on note les sons avec lesquels on souhaite travailler. Pour les personnalités, c’est un peu moins organisé dans le sens où c’est vraiment un consensus entre nous trois. Très régulièrement, il s’agit de personnes qui nous ont marqués : on propose et on voit si tout le monde est d’accord. Parfois, c’est aussi grâce à l’actualité. Il suffit que l’on aperçoive une personnalité à la télé ou dans un film pour que l’on s’accorde à dire qu’elle dégage vraiment quelque chose de charismatique. Dans tous les cas il faut que la personnalité nous parle à tous les trois.

Votre notoriété vous permet désormais de rencontrer directement les personnalités que vous faites intervenir. C’est quelque chose que vous allez essayer de faire au maximum désormais ?

C’est vraiment ce que l’on essaye de faire de plus en plus. Au début c’était vraiment amateur. La première interview était a PPDA, il nous avait reçus 15 ou 20 minutes avant de prendre l’antenne et on avait un petit micro, on lui a posé quelques questions et c’était réglé. Maintenant, on est mieux organisé, on va en studio on prend le temps et on a des conditions de captation qui sont top. Ça nous permet aussi d’avoir la main sur ce vers quoi les discussions nous mènent. D’ailleurs, on préfère parler de discussions que d’interviews. On aime quand la personnalité interrogée divague et parle de choses qui la touchent personnellement. Ça nous permet d’avoir une sorte d’exclusivité sur les paroles qu’on va diffuser.

Comment réagissent les personnalités quand vous leur proposez un tel projet ? On n’imagine que ce n’est pas toujours évident…

Maintenant, c’est plus simple qu’auparavant. C’est d’ailleurs pour cela qu’on remercie PPDA qui a ouvert un peu la voie. Il a joué le jeu en premier, et maintenant quand on présente notre projet a des personnalités il y a un historique qui leur permet de comprendre ce que l’on fait. Le propos, c’est vraiment de leur proposer une autre façon de partager leurs idées.

Globalement électroniques, avec des inspirations disco, funk, hip-hop vos sons puisent dans pas mal de genres finalement…

On s’interdit assez peu de choses, effectivement. Évidemment, c’est plus simple quand c’est de l’electro, car ça nous permet de mixer et de placer plus facilement les sons. Il y a des genres musicaux, comme le métal, qui se prête beaucoup moins à ce que l’on fait, là où la musique disco propose des choses plus facilement exploitables pour nous.

Votre succès s’est fait grâce à Internet, que ce soit sur YouTube ou sur Soundcloud. Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous lancer dans Aller-Retour votre premier album ?

C’est un projet dont on parlait depuis très longtemps. On n’osait pas trop y aller. On ne savait pas trop quel sens lui donner ni comment mêler les chansons des années 60-70. Finalement, on a trouvé un modèle d’album qui nous convient bien. Il y a 14 titres en tout dont beaucoup de chansons de cette période revisitées avec une insertion d’electro, des inspirations house et du disco. Ensuite, on a évidemment intégré des entrevues que l’on a distillées tout au long de l’album : on parle de séductions avec Pierre Ninet, d’optimisme avec PPDA ou encore d’expérience avec Beigbeder. Ça nous permet vraiment de faire le lien entre toutes les chansons du patrimoine français que l’on revisite et notre univers à nous, plutôt issu des mixtapes et des interviews.