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Chilly Gonzales déconstruit le concept d’album de Noël

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L’inclassable Chilly Gonzales déconstruit en beauté le concept d’album de Noël, reprenant au piano des incontournables du genre ou des sucreries de Mariah Carey et George Michael, sans oublier l’apport de complices comme Jarvis Cocker.

A very chilly christmas répond au besoin de respiration dans une période anxiogène. « J’ai fini l’album fin 2019 et personne n’aurait pu alors imaginer ce qui se passerait: Je voulais faire un album de Noël avec des versions plus mélancoliques et plus intimes de chansons connues et oui, ça peut bien coller au Noël qu’on va vivre », concède le Canadien globe-trotter, aujourd’hui installé à Cologne en Allemagne après avoir longtemps vécu à Paris.

Ce bel opus est quasi-instrumental – piano saupoudré de quelques arrangements de cordes – à l’exception de trois morceaux où la Canadienne Feist et Jarvis Cocker viennent poser leur voix, séparément ou ensemble.

Cocker et Gonzales, c’est une longue histoire, souvent cocasse. En 2002, Pulp avait invité le Canadien à ouvrir un show en Cornouailles. Après le concert, Gonzales, en mode rock’n’roll, ravage sa loge et tague le tour-bus de Pulp. « Oui, cela aurait pu marquer la fin de toute relation entre nous… Mais heureusement, c’était le dernier show avant que je ne me marie, donc j’avais évidemment d’autres problèmes à gérer… », s’était souvenu Cocker, flegmatique, dans les Inrocks en 2017.

Pas d’entertainment !

A very chilly christmas (qui sort ce vendredi chez Gentle Threat/Pias) est une nouvelle pièce inattendue mais raccord dans le catalogue de son auteur. Apparu en trublion d’un hip-hop bricolé, un peu crade, au début des années 2000 aux côtés de sa compatriote Peaches, Chilly Gonzales s’est ensuite mué en compositeur délicat au piano – interprété en robe de chambre dans des sessions d’anthologie – et fut même édité par Deutsche Grammophon, vénérable institution dans le classique.

Il se démarque évidemment de ces « albums de Noël faits par de gros entertainers, des albums un peu cyniques, vite faits, pas très jolis ». Et de plaquer sa grille de lecture : « Jouer au piano réduit la musique à sa version atomique (à un atome, ndlr). Certains morceaux ne passent pas le test, car on se rend compte que leur succès est lié à leur production (effets ajoutés en studio, ndlr) ou à la personnalité ou à la voix de la chanteuse, du chanteur ».

Chanson « Noëlisée »

Sous ses doigts « Last christmas » de Wham! – duo qui révéla George Michael – et « All I want for christmas (is you) » de Mariah Carey prennent de belles couleurs boisées. Et des standards au pied du sapin comme « Silent night » (« Douce nuit ») ont des accents classique à la Frédéric Chopin ou jazz à la Bill Evans.

Et puis surgissent les superbes morceaux habités par Feist et Jarvis Cocker. La première signe « The banister bough », seule composition originale de l’album: « Elle raconte une tradition qu’elle a inventée, ne pas tuer un sapin tous les ans, c’est un message assez 2020, écologique », se réjouit Gonzales.

« Jarvis, lui, a choisi une chanson très indie rock (Snow is falling in Manhattan des Purple Mountains, du regretté David Berman), chanson souvent jouée à la guitare sèche par des gens qui ne se lavent pas la barbe – avec du lait d’avoine dedans (rires) – mais Jarvis a compris que cette chanson avait un potentiel pour être Noëlisée ».