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Constance, humour bio à consommer sans modération

Photo : Laura Gilli

Après dix ans dans le monde de l’humour, Constance a repensé sa façon de travailler : elle s’autoproduit. Aujourd’hui, elle travaille uniquement avec des gens « qui ont envie de bosser ensemble ». Pour autant, son rythme n’a pas diminué, car l’humoriste s’oblige à se frotter à l’inconfort du direct à la télévision.

Constance fait de « l’humour bio ». Certifiée depuis près de 10 ans dans le vaste champ de l’humour francophone, elle se consomme sur les ondes de France Inter dans l’émission « Par Jupiter », et sur France 2 dans « On est en direct ». Mais ce terme « consommer », Constance veut s’en détacher. « L’humour est à l’image de la société de consommation, on le considère comme un produit. Alors on est sans cesse sollicité, il faut toujours être souriant ». « J’étais dans ce système-là, mais ce n’est pas des carrières qui me font fantasmer ».

Aujourd’hui, elle s’autoproduit, et se sent bien plus libre. L’humoriste fait appel à des personnes extérieures pour gérer la comptabilité, les relations presses ou le management par exemple. « Chacun a sa partie et on s’associe entre gens qui ont envie de bosser ensemble », explique-t-elle.

Un avantage qui lui permet d’avancer à son rythme et de ne pas être « un cheval d’écurie ». Car une carrière est « une course de fond. Il faut tenir longtemps et rien ne sert de s’épuiser », assure la comédienne. Lorsque tout roule, l’autoproduction semble être un bon parti. Mais comme chaque métier, l’inconvénient d’avoir sa propre entreprise reste qu' »on ne dort pas la nuit quand il y a des soucis. »

Outre la bonne santé de son entreprise, les seules préoccupations de Constance au quotidien sont l’écriture de ses blagues. Avec près de trois chroniques par semaine, puisqu’elle est chroniqueuse « volante mais sans cape » le mercredi sur France Inter (elle effectue des remplacements le mercredi lorsque c’est nécessaire), l’humoriste n’a pas le temps de se reposer. « Je me lève à 7h et j’écris jusqu’à mourir », dit-elle, toujours en rigolant. « Je suis plus créative le matin, je suis d’ailleurs pour le fait que l’on crée des cafés théâtres du matin ».

Si jamais certains en doutaient, nous sommes bien face à une humoriste, qui conclut ses phrases par des réflexions absurdes qui donnent le sourire. Et puis parfois, elle change de ton, et l’on retrouve la Constance à l’humour noir, que les médias qualifient « d’obscène et subtil ». Car l’humour doit déranger et quand il bouscule, qu’il n’est pas agréable, il forge les personnalités.

« On a toujours pu tout dire à la télévision, la seule limite, c’est la loi »

Depuis février 2021, Constance chronique le samedi soir dans « On est en direct », l’émission présentée par Laurent Ruquier sur France 2. Elle retrouve le présentateur dix ans après ses passages dans « On Ne Demande qu’A en Rire » (ONDAR). Difficile de se rendre compte du degré de liberté que Constance détient, mais l’imprévu du direct demeure un bon atout. « Je dois rendre ma chronique le samedi matin pour des questions d’organisation. On ne m’a jamais demandé de modifier », affirme-t-elle. 

« On a toujours pu tout dire à la télévision, la seule limite, c’est la loi », assure l’humoriste qui se dit fière de passer sur une chaîne du service public. Elle se souvient pourtant d’une tentative de censure lors d’un passage chez « ONDAR ». Elle interprétait une parodie de « Ce rêve bleu » au côté de l’humoriste Jeremy Ferrari. « Juste avant le direct, on nous a dit : ‘Ce n’est pas possible, vous ne pouvez pas dire ça' ». Ils y sont quand même allés.

En réalité, le plus difficile à la télévision, c’est d’être « directement chez les gens ». « Quand ils sont en colère, même s’ils peuvent changer de chaîne, vous pouvez prendre. Moi, j’ai pris dans la gueule à certains moments », déclare-t-elle. Et dans ces cas-là, elle coupe les réseaux sociaux et laisse ceux qui « ont de l’énergie » se défouler.

Finalement, Constance ne se prend jamais trop la tête longtemps : « Je fais mes choix professionnels comme sentimentaux : tant que c’est bien, on continue. Dès qu’il y a un rapport de forces, je m’en vais ». 

« Quand on dit à un humoriste de ne pas dire quelque chose, c’est comme dire à un enfant de ne pas appuyer sur un bouton », dit-elle avant de quitter cet entretien. « Je suis comme l’enfant, j’appuie sur le bouton tout de suite », conclut-elle.