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Et si les expositions virtuelles des musées confinés devenaient payantes ?

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Une chose est sûre, la pandémie pousse les professionnels du monde de l’art à repenser leur modèle économique. Nombre d’entre eux s’interrogent sur l’avenir des expositions virtuelles, lancées durant le confinement du printemps pour divertir les amateurs d’art. Jusqu’ici gratuites, ces initiatives digitales pourraient devenir payantes afin de renflouer les caisses des musées en crise.

La première institution culturelle à avoir sauté le pas n’est autre que la National Gallery de Londres, qui est actuellement fermée au public dans le cadre d’un reconfinement national. Le musée britannique propose dorénavant des visites numériques d’une demi-heure de sa rétrospective sur la peintre italienne de la Renaissance, Artemisia Gentileschi. 

Letizia Treves, la commissaire de l’exposition, guide les amateurs d’art confinés à travers une trentaine de chefs d’oeuvre de l’artiste italienne, dont « Suzanne et les Vieillards », « Autoportrait en allégorie de la peinture » et « Sainte Marie-Madeleine en extase ». Une visite exclusive disponible jusqu’au 3 décembre moyennant 8 livres (9 euros). 

« Bien que ce film ne puisse pas remplacer l’expérience de voir l’exposition en personne à la National Gallery, il nous permettra de partager l’histoire et les peintures d’Artemisia avec le plus grand nombre de personnes possible, en particulier celles qui ne peuvent pas se rendre à Trafalgar Square pour le moment », a déclaré Letizia Treves à The Art Newspaper. 

Bien que l’exposition se tiendra jusqu’au 24 janvier 2021, cette nouvelle offre numérique pourrait permettre au musée de toucher de nouveaux publics pendant sa seconde fermeture administrative. Cette rétrospective sur Artemisia Gentileschi a particulièrement été affectée par la pandémie de Covid-19, qui a contraint les conservateurs de la National Gallery à reporter son ouverture au mois d’octobre. Un report qui avait été négocié avec des prêteurs tels que la Galerie nationale d’Oslo, le musée des Offices à Florence, et le musée du Prado à Madrid.

« Il aura fallu attendre longtemps, mais Artemisia va enfin avoir son moment sous les projecteurs et j’ai hâte de partager son histoire et ses peintures avec les visiteurs », avait déclaré Letizia Treves à l’époque.

Repenser le modèle financier des musées

Si la National Gallery est le premier musée britannique d’envergure à monétiser l’une de ses initiatives digitales, les professionnels du secteur réfléchissent de plus en plus à lui emboîter le pas. Le but ? Repenser leur modèle commercial pour qu’il repose moins sur le nombre de visiteurs. Cette thématique a récemment été abordée durant un symposium virtuel autour de l’avenir des musées, organisé par le Louvre Abu Dhabi et l’université de New York à Abu Dhabi.

« Les trois piliers – événements, parrainage et billetterie – ne suffisent pas », a estimé l’entrepreneur et mécène Frédéric Jousset durant une conférence du séminaire. « L’enjeu est plutôt d’inventer de nouvelles sources de revenus. Je dirais que cela repose sur un changement de paradigme : passer d’une approche centrée sur l’œuvre d’art à une approche centrée sur l’utilisateur ».

Une nouvelle façon de concevoir l’expérience artistique qu’ont parfaitement intégrée les centres d’art numérique comme l’Atelier des Lumières à Paris, selon le chef d’entreprise français. La crise sanitaire aura peut-être eu le mérite d’accélérer la métamorphose des institutions muséales afin d’impliquer davantage de visiteurs et nouveaux publics.