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Francesco Tristano : « La musique classique est quelque chose d’accessible ! »

Interview : Fanny Muet

Sans aucun doute le plus grand pianiste luxembourgeois à ce jour, Francesco Tristano nous donne rendez-vous ce vendredi 13 mai, à l’Arsenal de Metz, pour un concert exceptionnel. Un véritable retour aux sources pour le virtuose luxembourgeois, dans une salle qu’il affectionne particulièrement et qui lui permettra de nous offrir, à coup sûr, un moment hors du temps. À quelques jours de cet évènement, rencontre avec un artiste dont le talent ne cesse de nous subjuguer.

Tu as explosé au grand public à la fin des années 2000. Notamment avec Frescobaidi Dialogues. Qu’est-ce qui t’a donné envie de te lancer dans une carrière de pianiste et musicien professionnel ?

Mon amour pour le piano est apparu à l’enfance. J’ai eu un piano chez moi très tôt et, comme pour beaucoup d’enfants, le fait de l’utiliser régulièrement à développer mon intérêt pour celui-ci. Ma rencontre avec Béatrice a également nourri cet amour, tout comme mes années à New York. Lorsque je suis parti, j’avais à peine seize ans. Cela m’a beaucoup marqué. Les différentes rencontres que j’ai pu y faire m’ont également mis sur les rails de cette carrière.

Pourquoi le piano plus qu’un autre instrument ? 

Le piano est l’instrument que tout le monde pense connaître alors que ce n’est pas forcément le cas. Pour moi c’est vraiment l’instrument du futur. Il a été inventé à une époque où le paysage musical n’était pas encore près pour l’arrivée d’un extraterrestre comme le piano. Au fur et à mesure, c’est devenu l’instrument fétiche pour beaucoup de compositeurs. Pour Frescobaidi Dialogues, il y a une relecture de ma part et une adaptation de cette musique qui n’a pas été pensée initialement pour fonctionner avec le piano. J’adore jouer de la musique qui a été écrite avant l’invention de cet instrument. Je me suis d’ailleurs très vite défini dans mon répertoire en choisissant des musiques de piano plus marginales. Par exemple, je suis retombé sur le Virginal Fitzwiliam Book qui a été publié il y a très longtemps et qui présente un best-off des musiques de la renaissance. Je ne les avais pas sous la main et quand je les ai eues, j’ai commencé à m’intéresser à ce que je pouvais faire au piano avec cela. Je suis actuellement dans la composition d’une nouvelle pièce pour piano et orchestre. La musique ancienne m’a toujours accompagné, elle est un de mes grands amours. On Early Music est une conséquence logique de mon travail au piano et dans la composition. 

« Une vision artistique que chacun peut s’approprier »

Francesco Tristano

Tu as une vision très singulière de la musique classique et cela se ressent dans le pianiste de talent que tu es aujourd’hui. Quelle vision as-tu de cet art que l’on considère, parfois à tort, comme trop élitiste ?

Je fais partie d’une génération qui ne considère plus la musique classique comme quelque chose de trop complexe pour le grand public. Je pense qu’il y a un problème de présentation de la musique classique et que ses influences sont plus larges qu’on peut l’imaginer. Le classique est un peu à l’image d’une peinture d’un grand peintre que l’on va retrouver dans un musée ; quelque chose derrière une vitre qui pèse une tonne et à laquelle s’ajoute un périmètre d’un mètre pour éviter que les gens ne puissent la toucher. Cela donne l’image de quelque chose de très élitiste et je pense que c’est tout le contraire. Les partitions des grands compositeurs classiques ne véhiculent finalement que des idées ou une vision artistique que chacun peut s’approprier. C’est ce que j’ai d’ailleurs essayé de faire avec l’album On Early Music. Ce sont des partitions qui ont été écrite il y a quatre ou cinq cent ans que j’ai pris plaisir à remanier et à retravailler librement. La musique classique est vraiment quelque chose de très vivant et surtout d’accessible ! 

Tu as sorti récemment ton dernier album On Early Music, un projet pour lequel tu es lauréat du Global Project Grant 2022, une bourse octroyée par Kultur | lx. On imagine que la gestion de la pression pour un tel projet est complexe à appréhender. Comment es-tu parvenu à gérer le stress lié à l’attente qu’il pouvait y avoir autour toi ?

Excellente question ! La recette que j’ai, pour tous mes projets, c’est de ne pas avoir d’attente particulière. Je ne cherche pas à plaire à qui que ce soit, je suis moi-même. C’est ce que j’ai fait dans le dossier que j’ai présenté pour obtenir cette bourse : j’ai présenté mes idées telles que je les avais imaginés tout en les mettant en lien avec le contexte de mon album. Je pense que cela était plutôt pertinent. Au final je ne m’attendais pas à un résultat particulier. J’ai fait de mon mieux et surtout j’ai proposé quelque chose à mon image. 

Justement, comment s’est passé la composition de ton dernier album ? Quel a été le fil conducteur de ta créativité ?

On Early Music est une histoire qui s’écrit en plusieurs chapitres. Parfois, il nous arrive d’avoir une illumination dans laquelle tout est clair depuis le début, tandis que sur d’autres projets, la réflexion peut nécessiter plus de temps. Ici, en l’occurrence, c’est un processus qui a été interrompu ou bien au contraire développé par ou grâce à la pandémie. Ainsi, j’ai eu une première séance d’enregistrement à Tokyo fin 2019. J’avais pratiquement enregistré un album entier et il y a eu les premiers confinements. J’ai alors eu le besoin de dialoguer avec cette partie de moi, et composer des morceaux qui étaient inspirés par les compositeurs de musiques anciennes. J’ai donc rajouté une séance d’enregistrement à Paris en février 2020. La genèse est un peu plus longue que d’habitude. L’histoire de cet album s’est donc écrite sur ces deux dernières années. 


Un retour aux sources

Pour Francesco Tristano, ce concert marque son retour dans une salle qu’il a dans le cœur depuis son plus jeune âge et au sein de laquelle il a réalisé son premier concert et un premier enregistrement à 15 ans (Les Variations de Goldberg de Bach). C’est également sa rencontre avec l’Orchestre national de Metz ; Francesco racontera ainsi une histoire, une histoire qui débutera avec lui, seul en scène au piano, puis qui se poursuivra petit à petit avec des musiciens qui le rejoindront et qui donneront la réplique au piano le tout dans une rythmique très prononcée.

Sa nouvelle pièce Il canto della nonna, créée pour l’occasion, a pour ambition de transformer l’orchestre en machine, machine qui sera activée par le piano, autre protagoniste de la scène. Avec une cadence très prononcée, des percussions renforcées accentueront l’effet « groovy » de l’œuvre. La clarté de la partition avec deux nuances (piano ou forte) permettra à l’orchestre de faire monter une tension qui sera palpable dans toute la salle ! Le concert se terminera enfin, avec l’orchestre seul en scène, pour une « explosion » : La Vita e Bella de Nino Rota, une œuvre intemporelle et qui appartient à tout un chacun.

Pour assister au concert de Francesco Tristano à l’Arsenal ce vendredi 13 mai, rendez-vous sur ce lien !