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Frédéric Favre, “Cyclique”

Texte Godefroy Gordet

Frédéric Favre est né en 1976 à Sion. Enfant de la télé, plus jeune, il passe des milliers d’heures devant le petit écran. Un jour à 14 ans il décide “d’allais faire des films”. Sa vocation trouvée, il grandit avec cette idée dans la tête, sans se préoccuper des méandres qu’il rencontrera. Formé d’abord théoriquement à l’université de Genève, il étudie aussi la sémiologie de l’image avec des professeurs de l’Université de Paris VIII et Bruxelles. En véritable passionné, pour découvrir les classique, partager son amour du cinéma, mais aussi pour “dépoussiérer le ciné-club et faire des propositions plus osées“, de 2003 à 2012, il commence à s’occuper du ciné-club universitaire. En parallèle, c’est en tant que professeur qu’il partage sa passion. Il enseigne le cinéma de 2003 à 2011, tout en étant prof’ de français et de philo. Une grosse tête qui ne rate aucune occasion pour utiliser le cinéma dans ses démonstrations théorique lors de ses cours. Petit à petit la passion devient activité courante. Il gère pendant 4 ans les JEC (journée d’études cinématographique) et petit à petit se cherche une place sur les tournages. D’extra à coach d’enfants pour des films, en passant par coach d’acteurs, de fils en aiguilles il dévient assistant réalisateur en 2005 pour l’ECAL, puis pour Daniel Schweizer, avec qui il travaillera 5 ans et notamment sur le documentaire Dirty Paradise. Aujourd’hui affublé du titre de réalisateur, c’est pour son film Cyclique que nous l’interrogeons…  
Frédé

  • Tu es passé de coursier à prof, pour être aujourd’hui cinéaste, tu as l’impression d’avoir trouvé ta voie?

OUI! Tout à fait. Je me sens vraiment comme un poisson dans l’eau dans la réalisation. Je travaille aussi avec des producteurs géniaux, David Fonjalaz et Louis Mataré de Lomotion à Berne, avec lesquelles j’ai une super collaboration de confiance et de complémentarité. J’ai une chance incroyable de faire le travail de mes rêves devenus réalité! Et en plus de faire des films sur des sujets qui me passionnent ! 

  • J’ai lu que Cyclique était ton film de fin d’étude. Pour quelle raison as tu choisi ce thème, pour un projet si important?

C’était un projet que je portais déjà en moi depuis longtemps, alors que j’étais coursier. J’avais envie de partager ces vécus, ces sensations, cette marge aussi. J’avais envie de parler d’un monde que j’aimais et que je connaissais bien. Je pensais que je pourrais bien le filmer du coup. Enfin mieux que quelque chose loin de moi. Et puis dans le cadre du master ça a murit. ça s’est mêlé à d’autres préoccupations plus personnelles, trouver sa place dans le monde, faire des choix, devenir adulte, grandir. Et ça a aussi murit grâce au coaching de mon mentor: Jean-Stéphane Bron, qui m’a poussé à aller aussi loin que je pouvais.

  • Tu as été coursier à Genève, est ce que tu avais besoin de faire ce film, un peu comme pour boucler la boucle?

Exactement. J’ai fait ce travail pendant presque 10 ans de 1999 à 2008. ça a été très difficile pour moi d’arrêter, ça représentait tous mes idéaux de jeunesse… le sentiment de liberté, d’être invincible, immortel… Ce film m’a permis de tourner la page, de faire le deuil, de voir ce monde avec plus de recule et de distance. De grandir quoi. 

  • Dans ton film il est aussi question de l’orientation que peuvent prendre nos vies. Est-ce qu’il y a un côté introspectif par rapport à ton propre parcours?

Oui, je fais le voyage de mes protagonistes avec eux: le trajet qu’ils font dans le film, je l’ai fait en moi. C’est quelque chose qui me travaillait profondément. Comme mes protagonistes, je me suis cherché pendant très longtemps, et j’ai eu beaucoup de peine à arrêter certaines choses (comme prof par exemple), à tourner la page. A faire ce que je voulais vraiment. Pour moi c’est ça l’enjeu du film, ce qui me travaillait en moi-même. J’avais une boussole intérieure et inconsciente qui me guidait.

  • Tu as passé un an avec les trois coursiers du film. Quel rapport as tu développé avec les protagonistes du film?

Je ne les connaissais pas avant de faire le film (à part Raph, de vue). Je les ai rencontré le premier jour des repérages à Lausanne (à part Matila qui est arrivé bien plus tard dans la boîte). J’ai eu un coup de foudre cinématographique immédiat et très clair pour Caroline. J’ai tout de suite su qu’elle était celle que je cherchais pour raconter cette histoire et ça a jamais bougé. C’est sa rébellion qui m’a touché. Raph ça m’a pris beaucoup plus de temps pour me résoudre à réaliser que c’était lui aussi. Je l’ai aussi vu le premier jour mais je le connaissais déjà un peu. Mais à force, il s’est imposé comme contre-point tragi-comique à Caro.

Je roulais avec eux 2 à trois fois par semaine, pendant leur shift. On parlait ensemble en roulant. On mangeait ensemble. Je ne filmais pas tout le temps. En fait la majeure partie du temps je ne filmais pas. Aussi pour construire cette relation de confiance. Je me suis aussi beaucoup livré à eux. On avait en commun cette passion du vélo, mais pas seulement. Puis je les ai accompagné aussi chez eux, et dans leur vie privée. Finalement j’ai quand même beaucoup filmé. Au total, j’avais près de 200 heures de rush. Dans le film, tu as moins d’ 1% de la matière totale.  J’étais tellement là, qu’à force, je suis devenu invisible. Ils se sont habitué à ce confident, cette ombre, à ce fantôme, cet ange gardien aussi parfois (car je leur ai sauvé la mise parfois). A la fin, je crois pouvoir dire qu’on est plus qu’amis… ce que je ressens c’est une sensation de famille. On se revoit souvent… hier j’ai rendu visite à Raph et Joséphine, qui se sont retrouvé après le tournage au retour du voyage de Raph, et qui ont eu un enfant ensemble qui a 3 semaines et que j’ai rencontré hier !

  • Cyclique est présenté au Bicycle Art & Film Festival. Tu peux nous donner tes impressions par rapport à ce genre d’événement cinématographique?

Ce festival permet de donner une visibilité internationale à un film comme Cyclique, avec sa tournée à travers le monde. C’est une opportunité intéressante. J’aime ce festival, car malgré le fait qu’il ait des antenne à travers le monde, il reste à taille humaine. Le gens qui l’organise le font avec le cœur car ce sont des passionnés de vélo. J’ai rencontré le fondateur et directeur du festival il y 7 ans, on s’était très bien entendu. Il m’avait dit: le jour où tu fais un film, envoie le moi! Je l’ai fait et il a adoré. Ça m’a touché et j’ai accepté de le montrer dans ce cadre.

  • Tu penses que c’est important de créer des festivals sur des thèmes aussi pointus?

Ce que je trouve intéressant, c’est que ce genre de festival est rassembleur, et permet à des communautés de se créer, de se rassembler autour de passions ou de valeurs qu’ils partagent. Finalement, le cinéma pour moi sert à ça: créer un espace de rencontre autour d’un objet culturel. 

  • J’ai lu que tu prépares un prochain film qui questionnera les motivations des participants à la Patrouille des Glaciers… Tu peux nous en dire plus?

Oui, je suis en plein tournage. Cette fois le cadre n’est pas celui d’un vélo, mais de la haute montagne. Mais le thème n’est pas la montagne elle-même. J’essaye d’interroger les motivations profondes de gens qui se lancent dans des épreuves physiques aussi exigeantes et extrêmes. Ce qui m’intéresse, ce n’est pas l’extérieur (si beau soit il en montagne), mais l’intérieur. L’intimité profonde du personnage. Quand on est en montagne, dans une situation difficile, on a cette phrase qui vient parfois: mais qu’est-ce que je fais là? C’est à cette question que ce film essaye de répondre. Pour moi il y a toujours un rapport à la mort, quelque part, dans cet espace entre ciel et terre qu’est la montagne.

Cyclique sera diffusé dimanche 20 septembre à 15h aux Rotondes dans le cadre du BAFF