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Jackie Moontan : « La scène c’est une corrida, les gens veulent voir du sang »

Texte : Godefroy Gordet
Photo : DR/Anna Wyszomierska

Jackie Moontan a grandi sur la lune. Personnage céleste, auréolé d’une attitude mêlant la folie d’Ace Ventura, la coquinerie de Hugh Hefner et la classe d’Huggy les bons tuyaux, Jackie est un allumé, soufflant dans l’air une pop éthérée, colorée, funky, sensuelle et amoureuse. Dans ses divagations lunaires, sorte de trip « acidifié », Jackie nous raconte le pourquoi du comment, entre réflexions abruptes et pensées plus intimes.

« La musique n’existe pas sur la lune », introduit Jackie avant d’expliquer que, là bas, les gosses jouent à cache cache, « ce qui est vachement difficile vu qu’un être lunaire, peut se rendre invisible en s’enfermant dans ses pensées ». Du coup, musicalement parlant, on ne sait pas vraiment d’où vient Jackie Moontan, simplement que ses influences sont larges, belles et carrément oldschool, « j’ai pris la poudre d’escampette assez tôt, direction terre, et là, j’ai découvert James Brown, Parliament Funkadelic et David Bowie ».

Descendu de la lune, Jackie Moontan est devenu « Jackie Moontan » en 75, après un live d’Elvis Presley, « quand je l’ai vu dans son costume moulant blanc, suant et obèse, je me suis dis, allez j’essaye ». Tombé amoureux « d’une splendide femme afro américaine en Alabama », le musicien s’enfuit vers une petite île grecque pour vivre « d’amour et d’huile d’olive » pendant une vingtaine d’années.

En 95, ses rêves de célébrité et de gloire le font quitter sa belle et débarquer à Paris, « j’ai eu une période sombre, où j’ai un peu tout fait, de gigolo à opérateur de call center, en passant par acteur dans un train fantôme ». Finalement, en 2017, il prend son courage à deux mains et se lance dans le showbiz en se disant, « allez, si Elvis peut le faire… ». De l’homme de la lune, né l’artiste, le musicien, forgé à coup d’influences cocasses : « les gâteux au Hennessy, les vidéos d’aérobic de Jane Fonda, les petits parasols pour cocktails, la voix de Barry White et les gelés à la framboise et l’eau de rose ».

Dans le premier titre tube de l’EP, joliment langoureux, tendre et saupoudré d’humour, Pink Morning, il y a chez Jackie Moontan une cool attitude un peu oldschool, agréablement kitsch, un peu peace et un peu love. Et c’est dans ce sens qu’il a composé ce projet, « je suis absolument convaincu que s’il y a une chose qui pourrait sauver cette planète mourante, c’est bien l’empathie et l’amour. Je ne compose pas que dans ce sens, je vie dans ce sens ».

« La scène c’est une corrida, les gens veulent voir du sang »

Aujourd’hui, on parle du travail de Jackie Moontan chez Dazed, Konbini et un tas d’autres bons médias, une veille médiatique flatteuse et importante pour la suite de ce jeune projet, encore fraichement sorti de l’œuf. D’ailleurs, Jackie connaît le vice du truc, de ce jeu capricieux, « un jour on parle de toi, le jour d’après il y a un autre dégénéré qui s’est échappé de l’asile psychiatrique ». Alors, il se concentre sur l’important, « faire du bon boulot, rester constant, m’exprimer avec force, beauté et justesse et faire sourire les gens au passage ».

Car après La Bellevilloise à Paris, le Siren’s Call de Neimënster, le Gudde Wëllen, les Congés Annulés aux Rotondes et une tournée de Paris à Berlin en passant par Luxembourg, en support du groupe Say Yes Dog, le type aurait pu prendre la grosse tête… Mais non, Jackie c’est juste du kiffe on vous dit, « les gens étaient venus pour voir un groupe qu’ils connaissent et se sont retrouvés nez à nez avec un mec déglingué en costume rose bonbon 100 % polyester qui leur chante de la zoophilie ».


Retrouver l’intégralité du portrait de Jackie Moontan dans notre édition 62