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Jay Jay Johanson : « Memento mori » pour un carpe diem

Texte : Loïc Jurion, Carl Neyroud
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En ce printemps 2021, année du centenaire du Test de Rorschach, Jay Jay Johanson nous livre son 13ème nouvel album composé de 10 titres comme autant de paréidolies.  Ce nouvel opus confirme donc le retour en grâce qui avait été amorcé par le magnifique « King Kross » publié en 2019.

Entre ces 2 albums, il y a cette année 2020 liée son événement sanitaire qui continue de bouleverser les paradigmes des sociétés et des individus sur tout le globe. Comme beaucoup, Jay Jay Johanson s’est recentré sur lui même le temps du premier lockdown. Et, c’est l’une des premières fois où l’auteur / compositeur / interprète nous dévoile autant de thèmes personnels.

La subtilité de son écriture, tant pour les textes que pour son art de la mélodie, suppléés par ses talents d’arrangeurs, offre 10 magnifiques supports pour sa voix belle à nous tirer toutes les larmes de notre corps. Ses compositions ne sont pas pour autant des portraits descriptif de sa propre personnalité, mais deviennent une sorte de miroir au contour flou où chacun pourra se reconnaître et se retrouver dans ses spleens où il est si bon et confortable de se lover.

Cette ambiance trip hop suinte tout au long de l’album, et plus particulièrement sur « I Don’t Like You » qui pourrait faire penser que Jay Jay Johanson a retrouvé une formule qui semblait avoir disparue avec le Wild Bunch de Bristol. En tout cas, cette recherche de pureté de chaque nappe de son offre un écrin magnifique à la voix singulière de cet artiste So Unrated. On retrouve ce type de production à l’écoute de « When Life Have Lost Is Meaning » (avec une séquence voicoder / autotune nous rappellant que nous avons bien à faire avec une production de 2021) et « Stalker » à la guitare crépusculaire digne de Portishead.

Certains arrangements de ce nouvel album nous livrent même des mises en retrait de la voix du crooner Suédois pour laisser la place aux réponses des instruments comme le saxophone pour « How Can I Go On » ou, jusqu’à l’effacement total pour le piano de l’instrumentale « Andy’s Warhol´s Blood For Dracula ».

« Vertigo » titre hommage au chef d’œuvre d’Alfred Hitchcock nous projette dans la Bande Originale d’un film imaginaire avec son  ensemble piano voix surmontant une rythmique bossa nova subtile nappée d’un synthétiseur parfaitement calibré. Le film imaginaire continue avec « Amen » qui tisse un gospel urbain et intimiste que l’on jurerait tiré de l’univers de Paul Auster (et où la voix rocailleuse d’un Tom Waits serait remplacée par la douceur unique de Jay Jay Johansson).

Cette ré appropriation du son trip hop n’est pas une facilité nostalgique de la part de cet artiste qui a exploré tant d’ambiances variées au court de sa longue carrière (25 ans depuis son premier album Whiskey en 1996), mais c’est tout simplement le meilleur support musical qui puisse exister pour transformer tous les ingrédients de ce Momento Mori en rayonnant Carpe Diem.