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Karim Duval, humoriste en quête de scène

Ex-ingénieur devenu humoriste, Karim Duval infiltre les thématiques du travail, de la quête de sens et des « bullshits jobs » dans son spectacle « Y ». Il cartonne avec ses vidéos sur Linkedin et pourtant ne souhaite pas se limiter qu’à ce rôle. Le franco-sino-marocain est un funambule, à la recherche de l’équilibre entre douceur et acidité. Dans l’humour, comme dans sa vie, Karim Duval joue avec ses dualités.

La quête de sens est une recherche contemporaine dans laquelle Karim Duval s’implique à cent pour cent. Dans son spectacle « Y », il tord les codes de l’entreprise, pointe l’absurdité des intitulés de postes et se fout gentiment des travailleurs en cols blancs dont la langue s’agrémente d’anglicisme, avant de confier, qu’il faisait parti de ce monde (aussi) il y a un peu plus de dix ans.  

Ex-ingénieur devenu humoriste, Karim Duval a-t-il été précurseur dans ce mouvement de fond des reconversions de trentenaires en quête de sens ? En 2010, ce n’était pas franchement la philosophie. De là à penser qu’il a influencé les 60 % de Français qui comptent changer de métier dans les prochains mois ? Ce n’est pas le gourou auquel vous pensez ! 

Pourtant, cette quête de sens ne le lâche pas. « Je me suis rendu compte que beaucoup de gens étaient dans ce cas de figure. » Alors durant une heure et quart, il tire ce fil comme un équilibriste, jouant de sa nouvelle vie pour se moquer de l’ancienne et embarquer son public entiché pour le sujet. 

D’ingénieur à humoriste

Son spectacle « Y » se dessine alors qu’il propose des contenus humoristiques (« Pitch ») pour mettre en avant des entrepreneurs sociaux. Il s’engouffre dans ce monde et écrit les prémices du « Y ». L’ingénieur à gauche, l’humoriste à droite. A la racine, Karim.  

Ingénieur chez Amadeus de 2005 à 2011 à Sophia-Antipolis, dans le sud-est de la France, il devient manager « grâce au théâtre », qu’il découvre en 2008. « J’étais très mauvais en technique dans la boîte la plus geek du monde », lance-t-il. Assis à la table d’une brasserie près du Théâtre de l’Européen, Karim Duval repense à ces années. « Dans un boulot basé sur le relationnel, en tant que manager, je me sentais déjà plus à ma place qu’en  technique. J’espère que j’étais un minimum valable !” 

Plutôt à l’aise dans ces fonctions la journée dit-il, il écrit des sketchs et joue le soir. En 2012, il se lance à temps complet dans ce nouveau métier d’humoriste. « Je n’assumais pas le fait d’avoir été ingénieur, ça ne paraissait pas très cool aux yeux des autres comiques”, déclare-t-il. 

Quelques années plus tard, il se réconcilie avec son passé dans des vidéos sur le monde de la start-up bien que « les premières n’aient pas trop marché », se souvient le “Chief Happiness Dictator”. Lorsqu’il bascule sur Linkedin, “réseau social du désespoir quand ça ne prend pas sur Facebook ou Insta » comme il s’amuse à le surnommer, tout de suite les thèmes parlent à l’audience. Lui voulant s’éloigner de l’étiquette « humoriste  Linkedin », qu’il n’apprécie guère, force est de constater qu’une partie de son public débarque en salle grâce à ses vidéos. Bon gré mal gré, l’homme de 40 ans assume enfin son passé d’ingénieur et touche de par sa sincérité.

« Sucre et vinaigre » 

Né à Aix-en-Provence, Karim Duval grandit à Fès au Maroc « loin du stress » et dans une famille « paisible ». Il fréquente un milieu plutôt aisé, étudie à l’école française, et dans un même temps, un milieu plus modeste, rural et agricole auprès d’une partie de sa famille. Cette double éducation façonne sa sensibilité à des valeurs diverses, entrepreneuriales comme sociales. « Je considère qu’une infirmière devrait gagner plus qu’un banquier, ou qu’un consultant (ou qu’un humoriste !) », dit-il.

« J’ai vécu un retour à la réalité [en sortant du salariat]. Quand tu es livré à toi-même, tu es obligé d’avancer. C’est aussi flippant qu’agréable. » Cet écheveau de conviction et de morale tient ce funambule de la blague en équilibre. Même recette dans l’humour. Dans ses sketchs, il cherche la frontière entre « excès de bienveillance et revendication », « sucre et  vinaigre ». « L’humour, c’est le citron sur l’huître, ce qui fait qu’elle se sent vivante même si on sait comment ça va finir… la politesse du désespoir en somme ! ». « On peut parler de politique sans être politisé », résume-t-il.

Là encore, un jeu d’équilibriste de la rhétorique, arrondissant les quelques aspérités restantes. Un dosage suffisant pour ne pas tomber dans le vide.