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Kid Francescoli : « Lorsque l’inspiration est là, il ne faut pas la retenir »

Interview : Héléna Coupette
Photos : Vittorio-Bettini

Solaire, lumineuse, poétique… On pourrait multiplier sans fin les synonymes tant la musique de Kid Francescoli nous évoque un milliers d’images mentales. Pourtant, dès les premières écoutes, elle résonne comme une évidence. Le soleil, donc et la lumière, deux éléments indissociables du Marseillais, dont les influences imprègnent forcément ce nouvel album Lovers. Si on l’avait quitté en duo avec son amoureuse Julia Minkin, présente sur With Julia et Play Me Again, Matthieu Hocine nous revient entouré de voix féminines. Nassee, Samantha, Sarah Rebecca ou encore Ioni. Un peu Lover ? Sans doute.

Comment as-tu écrit cet album ?

Il s’est fait de manière assez habituelle. J’ai commencé la musique en studio, où je passe le plus clair de mon temps. La dernière tournée a duré quasiment deux ans, nous avons eu beaucoup de dates et nous sommes allés jouer très loin : au Liban, à Jakarta, en Allemagne. De fait, chaque retour à Marseille était très inspirant, revoir la ville comme je l’avais quitté, le soleil… Marseille a été ma principale source d’inspiration, en écoutant de la musique sur la route, en rentrant en studio à la fin des week-ends et en composant.

Justement, quelles ont été tes références ? Quelles musiques t’ont suivi ?

J’ai toujours écouté beaucoup de musique pendant le processus de composition. Cette fois, j’ai voulu tenter quelque chose de différent car, j’ai le sentiment que, parfois, cela a tendance à fausser la façon de composer. On veut toujours explorer plusieurs pistes en même temps, en se disant : « je dois faire comme ça, en harmonie avec ce que j’ai écouté ce matin ».

Je me suis dirigé vers des choses que je ne connaissais pas, des sons qui ne pouvaient pas m’inspirer pour écrire comme de l’ambiente, du classique, du jazz. Des styles avec lesquels je ne suis pas trop familier et qui ont plus été des accompagnements. Mon écoute s’est faite plus distraite, moins analytique.

« Pendant longtemps, j’ai eu envie d’explorer le monde »

L’album est très solaire et lumineux. C’est l’effet de Marseille ?

Tu l’as ressenti comme ça aussi ? (rires). Pendant longtemps, et particulièrement pour les deux derniers albums, j’ai eu envie d’explorer le monde. Je pensais que je ne pouvais pas trouver l’inspiration à Marseille, avec cette nécessité de devoir partir pour être enthousiaste musicalement.

Pour Lovers, ça a été l’inverse. Quand je suis rentrée à Marseille après la tournée, je me suis rendu compte de ce que j’avais sous les yeux, de l’apaisement que me procurait ma vie ici. La mer, le soleil et surtout la lumière. Une lumière que tu ne trouves pas ailleurs dans le monde. Forcément, l’album a ce côté un peu méditerranéen et rêveur.

Sur tes deux précédents albums (Play Me Again et With Julia), tu évoquais ton histoire d’amour avec Julia Minkin. Comment ta vie personnelle influe sur le processus créatif ?

Il me semble que c’est une suite logique de l’amour. Déjà avant Julia, j’avais une copine, Laetitia, que je faisais chanter en italien. La musique est toute ma vie, je veux la partager avec ma copine. D’autres sources d’inspiration trouvent leur origine dans des choses plus intimes, qui remontent à l’enfance. Des souvenirs de situations familiales qui m’inspirent des années plus tard. J’essaie toujours d’injecter un peu d’intimité dans ma musique. Je ne m’invente pas un personnage, je ne sais pas le faire et je trouve que parler de l’intime est bien plus universel.

On retrouve Nassee, Sarah Rebecca ou encore Samantha. Pourquoi avoir multiplier les voix féminines sur Lovers ?

Lorsque nous avons arrêté notre collab’ avec Julia, toutes les directions se sont présentées à moi. J’aurais pu choisir une autre chanteuse, mais ce serait alors devenu une sorte de gimmick, et je ne voulais pas tomber là-dedans. J’ai pensé à ne faire que de l’instrumental ou j’aurais pu aussi chanter seul si j’en avais été capable. Finalement, j’ai essayé de rester le plus ouvert possible. Dans le même état d’esprit que lorsque je suis parti seul à New-York où j’ai croisé la route de Julia.

Je n’avais pas le projet de rencontrer une jeune fille avec une voix « jazzy » ni de monter un duo. Parfois, il faut juste laisser le hasard faire les choses. Par exemple, un ami m’a conseillé d’écouter Nassee, alors qu’elle n’avait encore jamais rien sorti. Je connaissais Sarah Rebecca car nous avions déjà collaborer ensemble pour des remix. Enfin, j’ai rencontré Samantha à Marseille et nous avons enregistré ensemble Lovers en studio. Toutes ces rencontres se sont faites naturellement. Lorsque l’inspiration est là, il ne faut surtout pas la retenir.

On te retrouve également sur Husbands et Tiger Mountains. Comment ces différents projets alimentent ton processus créatif ?

Avant de rencontrer ces amis, qui sont devenus une sorte de famille, comme Simon de French 79 et Nassee, j’étais dans mon coin à jouer de la guitare. Si je ne les avais pas rencontré, j’aurais sans doute continuer à faire toujours la même musique. Avec Husbands, j’ai eu beaucoup moins de doute, je me suis posé beaucoup moins de questions. Tout a filé assez rapidement. Nassee m’a apporté le côté dansant avec des morceaux plus électro. Toutes ces choses que je n’osais pas avant de les rencontrer. Avoir des gens créatifs lorsque tu composes est toujours inspirant.

« J’essaie toujours d’injecter un peu d’intimité dans ma musique »

Tu disais avoir été jusqu’en Chine pour ta dernière tournée. Du coup, quel effet ça te fait de te produire au Luxembourg ?

Ça fait très plaisir ! (sourires). Le Luxembourg a été le tout premier pays étranger dans lequel j’ai joué. J’ai sorti mes deux premiers albums en auto-prod’, j’étais mon propre manager, mon propre régisseur. Nous étions signé sur un micro-label mais nous avions réussi à monter une tournée tous seuls. On a fait quelques dates autour de Marseille, dans le Sud de la France, le plus haut devait être à Lyon. Puis, nous avons trouvé cette date au Luxembourg, nous avons pris notre van et notre Tom-Tom (rires). On a trouvé le Déclic, notre première date à l’étranger. Qu’il s’agisse de pays limitrophes comme la Belgique et le Luxembourg ou de Jakarta, ça ne change rien pour moi. L’excitation est toujours la même.

Pourquoi avoir choisi le nom d’Enzo Francescoli en particulier ?

En bon Marseillais, je suis fan de l’Olympique Marseillais (OM) et je le serai toujours. A l’époque, quand j’avais 10 ou 15 ans, on parlait des années « Tapie » (l’homme d’affaire français était propriétaire du club, ndlr). Le club était au top. On avait gagné la Champion League. Nous avions les meilleurs joueurs d’Europe dans notre équipe. Nous étions tous fans de Papin, Waddis et Enzo Frencescoli. Finalement, il n’est resté qu’un an mais il avait cette façon de jouer sur le terrain qui était différente, gracieuse, presque artistique. Quelque chose en plus des autres joueurs.

Comme je voulais monter un projet solo, j’ai eu envie de rendre hommage au foot et d’y faire référence. J’ai naturellement choisi Enzo Francescoli, non seulement parce qu’il était l’un de mes joueurs préférés, mais aussi parce que pour les amateurs de foot, ce nom était synonyme de « bon goût ».

Ta fan base parisienne ne t’en veut pas trop ?

Quelques fois, lorsque je suis en tournée du côté de Lyon, Bordeaux ou Paris, on me chambre assez facilement (sourire). Mais lorsque je suis sur scène, je mets tout ça de côté.

Tes clips sont toujours très esthétiques, comme des court-métrages. En quoi est-ce important de lier la musique à l’image ?

Je ne participe finalement pas tant que ça à la direction artistique. J’ai des consignes pour les réalisateurs. Par exemple, lorsque l’on me propose des choses qui ne sont pas forcément en accord avec ma musique. Je n’aime pas qu’il y ait de la violence ou que ce soit trop sombre. Ce sont des thèmes que je n’aime pas trop aborder, des territoires vers lesquels je n’aime pas aller.

En revanche, j’adore l’idée de « livrer » ma musique, qu’elle laisse libre court à leur interprétation. Pour le clip de « Blow Up », j’avais une image en tête mais je ne voulais pas interférer avec l’écriture du scénario ni la réalisation.

Je ne suis pas le genre d’artiste qui veut tout faire simplement parce que j’en suis pas capable. Je préfère déléguer à des personnes inspirées et douées. L’essentiel est de s’entourer de réalisateurs qui pensent, avant toute chose : « j’adore ce morceau, je veux le cliper ». Selon moi, il n’existe pas de meilleur point de départ pour l’écriture d’un scénario.


En concert le 13 mars aux Rotondes (organisé par la Rockhal)

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