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Laura Laune : « Je n’aime pas monter sur scène pour faire du militantisme »

Interview : Mathieu Rosan
Photo : Julie Caught / Maquillage : Charlotte Chenoz

Après un show exceptionnel du côté du Casino 2000 l’année dernière, Laura Laune sera de retour le 28 novembre prochain à Mondorf-les-Bains. Nous avions alors eu la chance d’échanger avec elle et d’en savoir plus sur les raisons qui poussent une « gentille petite fille » à se transformer en « démon » (ndlr : son spectacle s’intitule Le diable est une gentille petite fille). Du coup on en profite pour vous ressortir nos échanges avec la talentueuse humoriste belge et vous donner envie, pourquoi pas, d’aller la (re)découvrir !

Vous avez remporté l’édition 2017 de La France à un incroyable talent. C’est quasiment inédit de voir quelqu’un avec votre humour participer à ce genre d’émission. Vous n’avez pas eu peur que le public ne soit pas réceptif ?

Oh bien sûr que si ! À vrai dire, quand on m’a proposé, je n’ai pas accepté tout de suite. Pour moi, c’était une émission où les gens veulent voir des choses spectaculaires. Je ne me voyais pas arriver là, avec un sketch, comme je pouvais faire habituellement. J’ai été très surprise de voir le public adhérer à mon humour et à ce que j’avais pu leur proposer.

Depuis votre victoire vous êtes partie en tournée avec votre spectacle Le Diable est une gentille petite fille. Ça vous plaît ce contraste entre votre apparence de belle-fille idéale et vos textes extrêmement crus et incisifs ?

Oui, vraiment ! C’est ce décalage qui fonctionne avec le public. A cause de mon physique de petite fille un peu innocente et naïve, les gens sont souvent étonnés quand j’arrive sur scène avec des propos à l’opposé de tout ça. C’est vraiment drôle de voir leurs réactions. Je ne me suis jamais dit que j’allais faire de l’humour trash. C’est l’humour que j’ai dans la vie de tous les jours, que ce soit avec mes amis, ou encore ma famille. À l’époque où je suis montée sur scène, je n’avais pas forcément envie de faire autre chose. Finalement, j’ai fait en sorte de cultiver ce contraste et de le développer sur scène.

On ne voit d’ailleurs pas souvent de femmes avec un humour aussi noir que le vôtre…

C’est vrai que l’on me dit souvent que j’ai un humour de mec. On ne s’attend pas à ce qu’une femme puisse dire ce genre de choses, mais c’est ça qui rajoute aussi de la surprise (sourire).

Vous alliez souvent la chanson à vos textes. Vous pensez que ça passe mieux de dire des horreurs en musique ?

La chanson, c’est vraiment un petit plaisir que je me suis fait. Étant donné que je ne chante pas très bien (rires), je n’ai jamais vraiment osé sauter le pas sur scène. Cette émission était l’occasion rêvée de faire croire que j’étais chanteuse, et de surprendre tout le monde avec un sketch humoristique. En plus, par ce biais, on peut vraiment amener un univers et une ambiance particulière. Ça accentue le côté mignon et le contraste qu’on a évoqués précédemment.

Vous avez déjà eu l’impression d’être allée trop loin ?

Quand j’écris mes sketches, je ne me demande jamais si c’est trop trash. J’essaye toujours de me fier aux rires des gens que j’ai en face de moi Je vois alors si ce que je propose fonctionne ou non. Pour moi, le but est de faire rire. Donc si je fais une vanne que les gens trouvent trash, mais qu’ils rient, c’est que j’ai fait le bon choix. J’ai d’ailleurs souvent des personnes qui viennent me dire qu’ils se surprennent eux-mêmes à s’amuser de certains sujets.

Peut-on dire que vos textes sont engagés ?

J’aime beaucoup utiliser l’expression de Desproges qui disait : « Je suis le contraire d’un artiste engagé. Je suis un artiste dégagé ». Je n’aime pas monter sur scène pour faire du militantisme. En revanche, j’ai envie de me moquer de plein de choses. L’injustice, le racisme, l’homophobie et les injustices en général. Finalement, c’est une façon d’amener en dérision le monde qui nous entoure. J’aime bien cette idée que de l’artiste soit finalement là pour apporter une certaine forme de recul par rapport à la société, plutôt que d’être dans un esprit revendicateur.

Quand on voit ces personnes qui s’offusquent de tout sur les réseaux sociaux, vous ne trouvez pas qu’il est de plus en plus compliqué d’aborder certains sujets ?

Je n’ai pas vraiment cette impression. A l’époque de Coluche et Desproges, les choses auraient sans doute été similaires s’il y avait eu Facebook et Twitter. Eux aussi se sont fait virer d’émissions de télé et de radio. Je n’ai pas l’impression que c’était plus facile à l’époque. Il y a sans doute plus de moyens aujourd’hui pour les gens de s’exprimer, mais finalement c’est peut-être avec les médias que c’est le plus compliqué. Personnellement, le public n’est jamais venu me dire que j’étais allée trop loin. Au contraire, on vient me voir pour me dire que ça fait du bien de rire de certains sujets que l’on pourrait qualifier de tabou. C’est plutôt les médias qui vont parfois avoir peur que les gens ne comprennent pas ce type d’humour. Malgré tout, il faut tenir sa ligne directrice et ne pas changer ce que l’on a envie de faire. Quoi qu’il en soit, je n’ai jamais voulu adoucir mes propos pour passer à la télévision ou à la radio.

Vous travaillez avec Jeremy Ferrari sur la production de vos spectacles. Quel est son rôle finalement ?

Il relie mes sketches et me donne énormément de conseils. Comme c’est lui qui produit le spectacle, il s’occupe évidemment de tout ce qui est inhérent à tout ça. Je peux l’appeler dès que j’ai un souci. Concernant l’écriture, j’ai vraiment voulu garder mon autonomie et je décide seule des thèmes que j’aborde en spectacle. Je ne veux pas être la comédienne d’un auteur. Comme les sujets que j’aborde sont assez engagés, j’ai envie que les gens sachent que l’écriture est de moi.

Vous avez cité Pierre Desproges ou Coluche. Est-ce qu’il y a des artistes qui vous ont inspiré plus que d’autres ?

C’est marrant, mais quand j’étais plus jeune, je n’étais pas vraiment fan d’humoristes en particulier. J’étais plus attiré par le théâtre et je n’imaginais pas une seule seconde faire ce que je fais aujourd’hui.


Laura Laune

Le 28 novembre prochain au Casino 2000 de Mondorf-les-Bains.

Retrouvez l’interview en intégralité dans notre édition 53 !