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Les César feront-ils à nouveau rêver ?

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Crash-test pour les César: donnée moribonde l’an dernier, la soirée de récompenses du cinéma français veut prouver qu’elle a survécu à sa crise existentielle, et à la pandémie. Sans renoncer à faire rêver.

Il faudra tout le talent de Marina Foïs, maîtresse de cérémonie de cette 46e édition, pour faire sourire le (rare) public de l’Olympia vendredi.

Dans la salle, pandémie oblige, pas de grandes retrouvailles: seuls les nommés de chaque catégorie, les remettants de chaque César et les personnalités honorées sont conviés.

Mais ce ne sera « pas une soirée pour chouiner », a promis la maîtresse de cérémonie, épaulée à l’écriture par Blanche Gardin et Laurent Lafitte, pleine d’ironie : « c’est quand même aux enterrements que l’on rit le plus ».

Pour égayer la soirée, un César anniversaire sera remis à une bande de joyeux sexagénaires, la troupe du Splendid (Christian Clavier, Gérard Jugnot, Thierry Lhermitte, Michel Blanc, Josiane Balasko…) auteurs de monuments du rire, des « Bronzés » au « Père Noël est une ordure ».

Mais le coeur n’est vraiment pas à la fête dans le monde du cinéma, qui désespère toujours d’obtenir le moindre signal d’une réouverture des salles, un an après la première décision gouvernementale enjoignant d’éteindre les projecteurs.

Sélection limitée

Du côté des récompenses, un trio de films fait la course en tête.

Grand favori avec 13 nominations, « Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait » d’Emmanuel Mouret, inlassable explorateur du sentiment amoureux, peut espérer, outre le titre de meilleur film, celui de meilleure actrice (Camélia Jordana) et de meilleur acteur (Niels Schneider).

Sont également très bien placés « Eté 85″ de François Ozon, cinéaste souvent nommé et jamais récompensé, ainsi qu' »Adieu les Cons » d’Albert Dupontel, à la réalisation et à l’interprétation, avec Virginie Efira, en lice pour le César de la meilleure actrice.

Dans toutes les catégories, des valeurs montantes (la réalisatrice Caroline Vignal et l’actrice Laure Calamy pour « Antoinette dans les Cévennes », l’acteur Jonathan Cohen dans « Enorme ») côtoient de plus vieux routards du cinéma (l’acteur Lambert Wilson pour « De Gaulle », ou l’actrice Barbara Sukowa pour « Deux », primée à Cannes il y a 35 ans)…

La sélection était extrêmement limitée cette année, car seuls les films sortis en salle en 2020, passés entre les gouttes des mois de confinements, pouvaient concourir.

Les preuves du renouveau

Mais l’essentiel ne sera pas forcément là: les César doivent aussi prouver qu’ils ont fait leur mue après une crise historique l’an dernier.

Sur fond de polémique autour de Roman Polanski, l’Académie, accusée d’entre-soi et d’opacité, avait vu sa direction démissionner deux semaines avant la cérémonie. Qui avait récompensé le cinéaste franco-polonais meilleur réalisateur pour « J’accuse », sur l’affaire Dreyfus.

Indignée, l’actrice Adèle Haenel avait quitté avec fracas la cérémonie, dénonçant le sacre d’un cinéaste qui fait face à des accusations de viol.

48 heures plus tard, une tribune retentissante de l’auteure Virginie Despentes à Libération, intitulée « On se lève, et on se barre ! » achevait de planter le dernier clou dans le cercueil des César, ancienne version.

L’institution a depuis été revue de fond en comble, avec des processus plus transparents et démocratiques, sous l’égide d’une toute nouvelle direction, confiée à Véronique Cayla et le réalisateur Eric Toledano.

Le choix de Marina Foïs en maîtresse de cérémonie, actrice féministe et à la pointe de la dénonciation des pratiques de l’ancienne direction, n’est pas neutre. L’audience, qui avait atteint un pic à plus de 2 millions de téléspectateurs l’an dernier, suivra-t-elle ?

Niveau prix, malgré le ravalement des César, le renouveau risque de se faire encore attendre: côté parité une seule femme est nommée dans la catégorie reine du « meilleur film », Caroline Vignal, tout comme pour la « meilleure réalisation » (Maïwenn pour son film « ADN »).

Quant à la diversité, notamment ethnique, un autre sujet brûlant, elle ne devrait apparaître qu’à dose homéopathique, un an après le sacre des « Misérables » de Ladj Ly, comme meilleur film.