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Markiewicz & Piron, poésie virtuellement réelle

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En novembre dernier, Karolina Markiewicz m’interpellait sur le fait qu’ils continuaient de travailler, sous la crainte d’un potentiel reconfinement au Luxembourg. Tandis que les pays voisins confirmaient un second confinement, les artistes poursuivaient la conception de leurs projets, subsistant sur un peu de soutien social, mais besognant pourtant plus que jamais, pour livrer des visions d’effroi autant que d’espoir, dans un monde qui vacille à chaque minute qui passe. Ce que livre le duo Markiewicz & Piron a cette humeur, et donne néanmoins matière à réflexion pour comprendre nos erreurs d’humains et tenter de les corriger, et un jour ou l’autre construire le meilleur des mondes possibles…

Il y a cinq ans, dans ces pages, nous interrogions le duo Markiewicz & Piron, à propos de leurs débuts avec Everybody should have the right to die in an expensive car. À l’époque, ils parlaient d’un film qui « sortirait en salle et serait en même temps une installation vidéo, sorte de boucle dans laquelle on pourrait se balader » et « d’une pièce de théâtre dans un cinéma ».

Des rêves devenus réalité par le prisme de leurs projets Mos Stellarium, la série des Side Effects of Reality – dont l’un des courts-métrages est intégré à l’exposition en ligne Me, family du Mudam, jusqu’au 21 mars dernier –, pfh*, Fever, Sublimation, My identity is this expanse! et The living witnesses, depuis le 26 février, au Casino Luxembourg – forum d’art contemporain, Stronger than memory and weaker than dewdrops, « des réflexions, des films, des textes, des expériences. Mais toujours des histoires racontées, évoquées ou montrées », expliquent-ils.

« Putain de facteur humain »

Dans un monde aussi changeant, où l’humain se redéfinit presque continuellement dans ses croyances, son appartenance ou son genre, comme dans sa stupidité ou ses dérives, Markiewicz et Piron explorent l’humain et son histoire pour le questionner. Et s’ils n’ont pas de certitude quant au fait que l’histoire – notre histoire – peut encore nous permettre de mieux nous connaître nous-mêmes, ils expliquent que « peut-être », ce sont les mythes et les créatures mythiques que nous inventons, « représentant les faits et les émotions y associées », qui participent à cela, « la pandémie que nous vivons aujourd’hui devient ce mythe, tout en étant très factuelle. La colonisation européenne d’une part et d’autre part vécue par les populations africaines comporte aussi des faits et puis beaucoup de mythes. L’art peut aider à décrypter ses mythes ou à en créer d’autres, pour rééquilibrer les ressentis ».

Ainsi, dans cette quête infinie, Markiewic/Piron montent Putain de Facteur Humain – Précieux Facteur Humain au Pomhouse de Dudelange de mars à juillet 2020. Une exposition dans laquelle ils lancent une réflexion autour du rôle de l’humain dans sa propre histoire, en prenant pour point de départ l’expression québécoise « Putain de Facteur Humain », que l’astrophysicien Hubert Reeves explique comme le fait « que l’on ne passe pas de ce qu’on sait à ce que cela implique ». 

Dans cette exposition entre angoisse et quiétude, ils offrent aux spectateurs le choix de « sacrifier son putain de facteur humain » au bénéfice de son « précieux facteur humain ». Ils insufflent tout de même beaucoup d’espoir à cette réflexion « théorique » et précisent que dans le vrai, la « pratique » finalement, cet espoir existe bel et bien, « il y a en ce moment de la volonté pour faire pencher les choses du bon côté, à nouveau.

« Exprimer l’actualité du monde »

Restant fidèle à leur ligne de conduite, la conception de cette exposition était partagée entre performance, cinéma, philosophie, peintures, texte et réalité virtuelle. Un ensemble d’outils qu’ils mettent au service de leur réflexion artistique. D’ailleurs, après Fever, Sublimation, PFH et My identity is this expanse!, la réalité virtuelle a pris une grande place dans leur approche, « elle permet de raconter les histoires différemment, de les vivre et parfois de les influencer. En réalité virtuelle, on devient protagoniste de l’histoire, à travers un corps virtuel ou à travers la puissance de l’espace virtuel. Et pour nous actuellement, c’est la poésie qui semble le mieux se lier à la réalité virtuelle comme un nouveau canal de transmission ».

Dans My identity is this expanse!, on retrouve tout se qui fonde leur réflexion sur l’humain, de notre appartenance à un territoire et donc à l’exil quand celui-ci nous est privé, à la dimension poético-philosophique qui envahit les spectateurs dans l’ensemble de leurs projets. Outre cela, on y perçoit le « je est un autre » de Rimbaud, que nous pouvons interpréter de façon étendue comme si nous étions « on » et donc, comme si nous pouvions être l’un et l’autre…

Dans leur exposition Stronger than memory and weaker than dewdrops – visible jusqu’au 6 juin 2021, au Casino du Luxembourg, Forum d’Art Contemporain – ils montrent un ensemble multimédia, prenant pour direction, « la poésie contemporaine, pour exprimer l’actualité du monde, mais aussi son histoire et ses mythes ».