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Peter von Poehl sublime sa pop avec « Memories From Saint-Forget »

Quand il évoque sa carrière musicale, des souvenirs culinaires la jalonnent : ça tombe bien, le nouvel album de Peter von Poehl est un régal de pop-folk salée-sucrée.

Alors que le Suédois, installé à Paris depuis plusieurs années, décrit une tournée commune avec Air, vieille de plus de dix ans, il mentionne d’entrée le bus du duo électro: un coin cuisine y était aménagé et un chef les accompagnait. Et au moment de parler de son cinquième disque, « Memories from Saint-Forget », il cite tout autant la « table de mixage » que la « table de cuisine ».

Saint-Forget est une petite commune de la Vallée de Chevreuse (région parisienne) où il a passé le premier confinement avec sa femme (l’écrivaine Marie Modiano, qui chante avec lui sur d’autres disques), ses enfants et sa belle-famille. « Forget » signifie « Oublier » en anglais, mais c’est une période dont il se souviendra. « Tout de suite, là-bas, je me suis dit je vais faire de la musique. Les commandes s’annulaient au fur et à mesure (il travaillait sur une comédie musicale, abandonnée en… Chine, ndlr) et pour rester sain d’esprit, il fallait enregistrer un nouveau disque », raconte dans un excellent français celui qui chante en anglais.

« On était quatre adultes et deux enfants au total, on se partageait les tâches domestiques, j’étais préposé à la cuisine, ça m’arrangeait bien », poursuit-il. « Ce n’est pas anodin pour moi. Préparer le déjeuner et le dîner, ça prend du temps et comme dans tous mes projets musicaux, quand je découpe les légumes, par exemple, je cherche des idées, ça fait partie du processus tout autant que le temps passé derrière le piano ».

Les mots « piano » et « batterie » énoncés pour son disque se retrouvent aussi dans la cuisine : il s’étonne de ces équivalences en français et s’en réjouit.

« On entend des oiseaux »

« J’ai une approche amateure de la cuisine, aucune formation et ces termes je ne les connaissais pas en français, comme batterie de cuisine ou piano de cuisson : c’est génial et c’est la preuve que la cuisine est une bonne métaphore de la musique », relève-t-il. « Dans les deux domaines, on partage et des choses naissent du hasard, des erreurs. Je suis relativement content quand ça ne se passe pas comme prévu », poursuit le musicien-dandy.

Après avoir chargé un camion de location avec tous ses instruments, il les a entreposés dans la cabane du jardin à Saint-Forget, devenu studio d’enregistrement improvisé. « On entend des oiseaux sur le disque, car l’endroit n’était pas bien isolé, ils rentraient dedans », s’amuse-t-il, ravi de cet imprévu. « Pleins de morceaux dans la musique sont nés d’un accident et j’ai toujours intégré ça depuis mon premier groupe de rock à douze ans ; c’est la musique ou le hockey quand on est jeune en Suède (rires) ».

D’habitude, comme un chef en cuisine entouré de sa brigade, il aime aussi faire mijoter ses chansons avec d’autres musiciens. Cette fois, les échanges se sont faits à distance, avec des instrumentistes — autorisés à se réunir en studio en Suède — qui ont fourni de savoureux mélanges d’instruments à vent (« Auction by candle », « Tell me about your dream last night ») ou à cordes (« Behind the eight ball », « I miss my old grey skies »).

Et la mise en bouche « Saint-Forget » prouve que Peter von Poehl a toujours la recette pour servir des mélodies délicates.