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Pomme, une parole sans faille, sacrée aux Victoires

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Silhouette frêle, folk-pop épuré, textes intimes mais voix qui porte dans le mouvement #MeToo : Pomme a été sacrée artiste féminine aux Victoires, ce qui donnera un coup de projecteur supplémentaire à ses combats.

À 24 ans seulement, c’est sa deuxième Victoire, après le titre d’album révélation, glané l’an passé pour l’album Les Failles.  Des failles et des obstacles, elle en a surmontés. La veille de la cérémonie, la jeune femme à la coupe de cheveux façon manga, a dépeint son « arrivée dans l’industrie de la musique » comme « traumatisante » dans une lettre ouverte publiée par Mediapart. 

« De mes 15 à mes 17 ans, j’ai été manipulée, harcelée moralement et sexuellement, sans en avoir conscience à cette époque évidemment », confie l’artiste, sans donner de nom. « Être un adulte de 30 ans face à une adolescente de 16 ans et la briser, chronique-t-elle. Réussir à lui faire croire qu’elle est le problème, en la sexualisant, en la rabaissant, en la contrôlant. Partir en marchant à pieds joints sur les débris d’une santé mentale détruite ».

« J’en ai déjà parlé il y a quelques années, mais à l’époque, je n’avais pas la place que j’occupe aujourd’hui, c’était plus facile, ça faisait moins de bruit. Je vais redire les choses. Que ça fasse plus de bruit aujourd’hui, tant mieux », conclut-elle.

« Assez pudique »

Dans « Les Failles » elle se révélait déjà pas mal, comme dans un journal intime. « C’est marrant, j’ai tellement fait cet album pour moi, en essayant de gommer tous ces trucs d’attente du public: je trouve ça trop chouette qu’il plaise aux gens et qu’il soit reconnu par l’institution des Victoires », exposait-elle il y a un an. Les textes de cette grande fan du poète Paul Éluard et de la chanteuse Barbara – qui se nourrit aussi d’ouvrages féministes ou de BD – ne cachent rien cette fois de ses fêlures, doutes, blessures. Ni de sa préférence pour les femmes. Sujet qui, comme elle le prédisait, disparaît petit à petit des questions qu’on lui pose en interviews. 

Plus généralement, l’album a un versant thérapie. « Bizarrement, je suis assez pudique avec les gens proches, la famille. Pour moi c’est plus simple de passer par une chanson: si je n’écrivais pas, je péterais un câble ».

« Pas tueuse »

« C’est super de parler de choses intimes avec un album mais ce n’est sans doute pas la meilleure solution, il est possible que plus tard je tombe dans un trou. Donc, je vais faire les deux, continuer à écrire et aller parler à un psy », ponctuait-elle dans un sourire. Un autre signe d’une belle maturité. Pas si étonnant pour une artiste qui savait depuis longtemps ce qu’elle voulait, comme le racontait Thierry Meissirel, journaliste au service culture du Progrès, quotidien basé à Lyon, ville d’origine de Pomme. « Il y a quelques années, je reçois un petit mot charmant, accompagnant un CD amateur enregistré : mon père lit tous les jours le journal et ce serait bien qu’un jour, à côté des résultats de l’OL (équipe de foot de Lyon), il tombe sur ma Pomme ».

« Une de mes collègues la connaissait car elle était dans la classe de sa fille, où elle avait déjà une petite réputation de chanteuse, se souvenait-il. Je l’ai contactée et elle est arrivée avec sa guitare sur le dos. Elle avait une voix incroyable et des références bizarres pour quelqu’un de son âge – comme Dolly Parton (reine de la country, NDLR), alors que sa musique ne ressemble pas à ça. Elle est ambitieuse mais pas tueuse. C’est un personnage attachant ».