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Première rétrospective new-yorkaise pour Niki de Saint Phalle

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Elle a passé l’essentiel de son enfance à New York, mais Niki de Saint Phalle n’y avait jamais eu droit à une rétrospective. Une annexe du MoMA lui rend hommage à partir de ce jeudi, jetant un nouvel éclairage sur cette plasticienne, peintre et sculptrice franco-américaine, insatiable bâtisseuse.

L’artiste, née en France et morte en Californie en 2002, « n’est pas considérée comme liée à cette ville », explique Ruba Katrib, conservatrice de l’exposition, qui s’achèvera le 6 septembre à l’antenne PS1 du MoMA, dans le Queens. « Il y a confusion. Elle est vue comme une artiste française de par son nom et aussi parce qu’elle a surtout fait carrière en Europe. » Autre source de malentendu, Marie-Agnès de Saint Phalle est surtout restée dans les mémoires pour ses « nanas », sculptures de femmes aux formes généreuses, et leur dimension ludique. Si ces sculptures font aujourd’hui consensus, son oeuvre, radicale, politique, diversifiée, fut souvent mal reçue par une partie du public.

« Certains aiment, d’autres détestent, ou sont morts de peur. Tout le monde réagit », disait l’en-tête d’un article du magazine New York consacré à « Paradis fantastique », la première installation majeure de l’artiste, en 1967, passée par Montréal, Buffalo, puis Central Park.

Une oeuvre qui « résonne »

Si l’exposition « Niki de Saint Phalle: Structures for Life » évoque toutes les étapes de sa carrière, elle se penche plus particulièrement sur l’artiste comme bâtisseuse, dont les sculptures de plus en plus imposantes finirent par devenir des édifices.

L’apothéose de cette frénésie au parfum de gigantisme restera le Jardin des tarots, en Toscane (Italie), le projet de sa vie, qui aura demandé quasiment 20 ans de travail. Avec quelque 22 structures inspirées des cartes principales du tarot de Marseille, certaines habitables et mesurant jusqu’à 15 mètres de haut, sur deux hectares, l’ensemble rivalise avec le parc Güell d’Antoni Gaudi à Barcelone, qui l’a largement inspiré.

L’artiste n’avait pourtant aucune formation à l’architecture ou aux techniques de construction. Son chef de chantier était un électricien italien, aussi inexpérimenté qu’elle. Niki de Saint Phalle mènera beaucoup d’autres projets monumentaux à travers le monde, notamment le « Rêve de l’oiseau » (1968-1971), ensemble réalisé sur une colline varoise, qui marque le tournant de son oeuvre de la sculpture vers l’architecture.

Plans, photographies, vidéos, l’exposition new-yorkaise révèle la genèse de ces projets fous, et montre « la quantité de travail, de matériel, les innovations et les solutions qu’il a fallu trouver pour les mener à bien », explique Ruba Katrib. « Cette partie de son oeuvre est moins connue », souligne la conservatrice, « parce que ces sculptures sont vraiment associées à des sites », dont plusieurs se trouvent dans des endroits reculés.

Avec ces documents, enrichis d’articles de presse, produits dérivés, publicités, correspondances, écrits et extraits d’émissions, cette rétrospective s’attache à saisir une artiste protéiforme en mouvement constant. La principale ambition de l’exposition est de restituer à un public plus jeune, qui la connaît peu ou pas du tout, une artiste dont l’urgence et les thèmes de prédilection restent pertinents aujourd’hui, qu’il s’agisse du féminisme, de l’émancipation, de l’universalité ou de l’art comme vecteur de lien social.

Niki de Saint Phalle, c’est aussi l’histoire d’une enfance brisée par la violence et l’inceste, qui a su « transformer la douleur et le traumatisme en quelque chose de joyeux et de compréhensible », selon Ruba Katrib. Dans un monde marqué par la pandémie, qui a décalé l’exposition d’un an, « cela résonne vraiment aujourd’hui ».