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Stephan Eicher : « Partir en tournée à plusieurs, c’est comme une grande aventure »

Interview : Pamela Mango / Carl Neyroud

Stephan Eicher, auteur compositeur originaire de Suisse, connu notamment pour ses titres Pas d’amis comme toi mais encore Déjeuner en paix sera de passage à l’Atelier le 8 février avec Steff la Cheff, virtuose du beat boxing, et Traktorkestar, fanfare composé de 12 musiciens. Il revisitera ses titres les plus connus, mais jouera également des titres inédits. L’équipe de Bold à voulu en savoir plus sur l’artiste discret, sensible, proche de son public, qui n’avait plus rien sorti de nouveau depuis 2012.  


Bold Magazine voulu en savoir plus sur l’artiste discret, sensible, proche de son public, qui n’avait plus rien sorti de nouveau depuis 2012.
Le 8 février vous serez en concert à l’Atelier à Luxembourg pour présenter Hüh ! qui sortira quelques jours plus tard, soit le 15, sept ans après votre précèdent album L’Envolée, pourquoi autant d’attente ? Est-ce dû en partie aux soucis que vous avez rencontrés avec votre maison de disque ? Oui c’est tout à fait ça. J’ai continué toutes ces années, à écrire, à composer mais ma maison de disque n’a pas sorti mes disques. J’en ai fait un en 2015, pourtant. La digitalisation a amené une crise dans cette industrie, qui était prévisible. Les maisons e font beaucoup d’argent, grâce au streaming. Les contrats ne sont plus respectés avec les artistes, les budgets sont abaissés, les gens se font virer. Tout d’un coup, on s’est mis à mal me parler, et avec toute cette agressivité je me suis dis qu’ils avaient quelque chose à cacher. Et c’était le cas. J’ai donc engagé des procédures au tribunal, pour mettre les choses au clair. Cela a duré quatre ans, et au même moment, j’ai commencé à ressentir des douleurs au dos, et j’ai fait le lien, je me suis dit qu’il fallait arrêter de me rendre malade, ça ne vaut pas la peine de se rendre malade ou même d’arrêter ma carrière pour gagner quelque chose. Et je me suis aussi dit que j’avais deux atouts qui n’appartiennent pas à la maison de disque : mon répertoire et mon public, qui a la gentillesse de revenir même en n’ayant rien sorti de nouveau. L’année dernière j’ai quand même fait une tournée avec les automates, j’ai aussi fait un livre avec un cd en plus avec mon ami Martin Sutter… J’ai donc continué à être créatif même avec la maison disque qui a tenté de me bloquer.

Est-ce que vous êtes contre les plateformes comme Youtube, Spotify, etc. ?

Non non, je ne suis pas du tout contre ces choses. Je suis contre les maisons de disques qui gagnent beaucoup d’argent avec nos disques et nous laissent un petit pourcentage. Le problème, pour moi, ce sont  les investissements des maisons qui ne prennent pas en compte la créativité. Moi je trouverais ça chic que l’on fasse moitié moitié. Les voleurs font 50/50 pour partager le butin, pas les maisons de disque. Je ne donc pas contre Spotify ou YouTube, je trouve ça intéressant et varié. Mais il ne faut pas penser que les musiciens survivent si vous vous inscrivez seulement à Spotify.

D’ailleurs vous n’avez jamais pensé utiliser les plateformes participative pour financer vos albums comme par exemple Gary Numan, IAMX etc ?

Je trouve ça bizarre de demander au public de financer un album alors qu’il amène déjà son attention. Si vous écoutez un disque, ça prend déjà 40 minutes, si vous venez au concert, il faut faire le trajet, vous allez boire un verre, si vous avez des enfants vous payez une baby-sitter, ça coûte déjà beaucoup de temps et d’argent. Je pense que le public n’a pas à financer mon album, je ne trouve pas ça très chic. Je reçois déjà assez d’argent de leur part à travers les concerts. Moi je fais la chose suivante : quand j’écoute un artiste en boucle sur Spotify par exemple, j’achète le CD en plus, comme ça je soutiens vraiment l’artiste et j’ajoute ça à ma collection.

Vous êtes très peu médiatisé, est-ce par choix ?

Il y a deux raisons, il y a le blocage d’Universal, et après il y a des émissions que je n’aime pas, où je me sentirais mal à l’aise de participer. Il y a de très bonnes émissions de France Inter qui sont très respectueuses et que j’ai déjà fait. Après j’aime bien mon calme, prendre mon café tranquillement. Quand vous êtes trop médiatisé, vous êtes plus reconnu. Vous connaissez la chanson « Déjeuner en paix » (rires) et ben voilà j’aime ça !

Revenons à la tournée… Vous avez partagé la scène avec des automates, cette fois vous reprenez la route en compagnie de Traktorkestar une fanfare explosive et d’une virtuose du beat-boxing, ça fait 13 personnes en tout, vous commenciez à vous sentir seul ?

Oui c’est tout à fait ça (rires). Quand j’ai fait la tournée avec les automates, j’étais seul sur scène avec les instruments que je dirigeais, je me retrouvais après les concerts au restaurant, au bar de l’hôtel seul. Après 110 concerts, ça m’a pesé. Je ne voulais plus voyager seul, je voulais être avec une grande famille. Partir en tournée à plusieurs, c’est comme une grande aventure. J’ai donc dit à l’équipe organisatrice que je ne repartira qu’en grand nombre ! Et j’ai eu raison !

Comment avez-vous choisis cette fanfare ? Vous êtes originaire de Berne, du coup, est-ce un hasard si celle-ci est Bernoise ?

Le déclenchement, c’est un musicien qui s’appelle Goran Bregovic. Sur son album Champagne for Gypsies, il a convié des gens liés au gens du voyage de Suisse, d’Autriche et d’Allemagne. Moi-même, j’ai été invité et je suis parti en tournée avec lui et j’ai rencontré les cuivres des Balkans qui m’ont beaucoup influencé, et moi-même j’ai voulu partir avec eux ! De retour à Berne, j’ai rencontré le Traktorkestar, des immigrés de Yougoslavie, qui cultivent ce son de Berne, et j’ai trouvé ça interessant de retrouver ça en tournée et j’ai choisi de partir avec eux.

Comment c’est passé votre rencontre avec Steff la Cheffe qui fait du beat- boxing, vous êtes sensible à la culture hip hop ?

Mes connaissances hip-hop c’est Busta Rythmes, Public Ennemy, ce sont vraiment les débuts. Il y a des choses que je trouve intéressantes. J’aime beaucoup la production, la forme c’est moins ça. Pour cette tournée, j’ai choisi de ne pas prendre de batteur. Steff la Cheffe qui est une musicienne hors pair, qui se chargera de toute la rythmique ! Elle est de Berne aussi, elle connaît déjà le Traktorkestar, ils ont déjà travaillé ensemble. Et avec ces 12 garçons sur scène, je me suis dit que ça manquait de fille. Steff est assez libre, forte, elle pourra tenir tête à tous ces mecs (rires).

On sait que vous allez revisiter des chansons à vous, mais aussi jouer des inédits… Vous avez un catalogue de chanson très conséquent, le choix des morceaux n’a pas dû être facile, comment sélectionner ceux que vous allez jouer en live ?

Avec un tel arrangement, neuf cuivres et du beat boxing, on ne pouvait pas prendre n’importe quelle chanson. Tout ne fonctionne pas, il faut un certain tempo, c’est un concept dansant. On a fait 25 arrangements, avec des classiques comme Déjeuner en Paix, ou Combien de temps. Il y a aussi plein de chansons qui ne sont pas vraiment connues, comme Cendrillon après Minuit, Louange, des morceaux qui ne sont pas des tubes, mais que le Traktorkestar a pensé intéressant de revisiter et qui fonctionnent très bien !

Une question très importante pour nous, Grauzone, à 40 ans en 2019, quelque chose est prévu pour fêter cela ? 

Oui absolument ! Toute l’année nous allons sortir des petites choses comme des vinyls, on a fait des très belles pochettes, un livre… LCD Soudsystem et Optimo vont faire des remix, et si possible, avec mon frère et batteur Marco Repetto, en Avril on va voir si on arrive à faire un deuxième album 40 ans après le premier ! On va se taper dessus (rires), mais on va tenter.

Dernière question : vous avez des coups de cœur sur la nouvelle génération d’artistes ?

J’adore Feu Chatterton, c’est un excellent groupe !

https://www.youtube.com/watch?v=_xCrBVagR0g