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Tom Dixon : « Un objet ne peut pas être qu’une pièce définie »

Texte : Sarah Braun

Connu pour son amour du métal, alors que la tendance était au plastique, sa passion du style industriel, Tom Dixon est aux Anglais ce que Starck est aux Français, un génie éclairé, visionnaire et touche-à-tout. En témoigne ce projet né en 2018 avec IKEA destiné à créer un mobilier modulable et nomade, accessible à tous, quand ses pièces éponymes sont davantage réservées à une élite. Exhorté par un cahier des charges ténu, l’autodidacte designer a réussi le pari de conjuguer les codes minimalistes qui lui sont chers avec la composante cosy et chaleureuse imposée par le canapé. Tom Dixon a une fois de plus repoussé les limites du design, en s’intéressant au « seul meuble vraiment important d’une maison » : le lit. Et d’ajouter : « évidemment, tout le monde a besoin d’une bonne nuit de sommeil, non ? »

Quelles sont les nouveautés à découvrir au sein de la gamme DELAKTIG ?

Pour cette seconde ligne, nous sommes partis du lit et avons décliné tout ce qui gravite autour de cette pièce centrale. A commencer par le cadre de lit, qui a été conçu à partir d’un matériau recyclé à 50%, conférant au produit à la fois une extrême douceur et une durabilité hors pair. Nous avons également dessiné une tête de lit, disponible en deux styles tout à fait différents, l’une noire, plus chic et contemporaine, et l’autre naturelle. Enfin, nous avons souhaité rendre pérenne la « plateforme à vivre » en lançant par la même occasion de nouvelles housses, disponibles en trois couleurs : vieux rose, gros pierre et beige tendre. Bien sûr, elles sont encore plus résistantes à l’usure et durent ainsi beaucoup plus longtemps.

Ce concept de durabilité vous tient-il à cœur ?

Extrêmement. Contrairement à l’idée que l’on pourrait se faire d’une enseigne gigantesque comme IKEA, notre idée n’est pas de pousser à la consommation de masse, mais, au contraire, de contribuer à inciter la clientèle à faire des choix plus réfléchis, qui perdureront dans le temps. C’est également la raison pour laquelle nous avons refusé de faire une collection en édition limitée, qui, intrinsèquement pousse à l’achat compulsif (la gamme DELAKTIG sera disponible en magasin et en ligne pendant un an, ndlr.). De A à Z, l’ensemble de ce projet et tout ce qui gravite autour a été pensé dans une optique raisonnée.

Le design est-il de l’art et, réciproquement, l’art est-il forcément design ?

Non, c’est impossible. Ce sont deux notions antinomiques. L’art n’a pas besoin de fonctionner ; tandis que le design, oui.

Le design est-il démocratique ou est-il élitiste ?

Il peut être les deux ! D’ailleurs, cette réflexion était le point de départ de mon projet : comment concevoir un objet qui appartienne à ces deux mondes. Tout est question d’équilibre.

Pourquoi avoir choisi de travailler avec IKEA ?

Mon entreprise est relativement petite et je réalise des objets chers. J’ai été totalement séduit par l’idée de distribution de masse et industrielle. J’ai passé de nombreuses années chez Habitat (il a été à la tête de la direction artistique de l’enseigne pendant dix ans, ndlr.), donc je connaissais les rouages de ce secteur d’activité. IKEA fonctionne à l’identique. Et je confesse être complètement fasciné par la façon dont cette marque a réussi le tour de force de s’imposer, naturellement, comme la plus grande entreprise d’ameublement, au monde. Où que vous alliez, tout le monde connaît IKEA, c’est tout de même incroyable, non ? Je ne pense pas que l’on puisse en dire autant de Tom Dixon (rires) !

C’est important pour vous de pouvoir donner accès à un grand nombre à des produits estampillés Tom Dixon ?

C’est impératif et même essentiel. Si les gens n’achètent pas mon produit, cela signifie que je n’ai pas ma place en tant que designer…

Que trouve-t-on sur vos moodboards ?

À vrai dire, je n’en fais pas vraiment… Chaque projet est différent. Ici, j’ai adoré aller visiter l’usine, comprendre comment on travaille le métal, découvrir des techniques, des savoir-faire… L’usine que nous avons d’ailleurs visitée réalisait également les châssis des voitures Volvo. Et cela à partir d’un seul et unique matériau ! C’est tout de même incroyable, quand on y songe ! J’en ai conclu qu’un objet ne peut pas être qu’une pièce définie.

Pour ce projet, 70 étudiants ont été invités à collaborer. Vous faites cela souvent ?

Nous avons sollicité des étudiants issus de Londres, des Etats-Unis et d’Asie afin de comprendre les différentes perspectives et d’expérimenter les plateformes. Tous étaient en Master avec de l’expérience dans des secteurs totalement étrangers les uns aux autres ; design digital, design du textile et mode, etc. Cela a été une véritable richesse !

Peut-on trouver des pièces IKEA chez vous ?

Evidemment ! Qui n’en possède pas (rires) ?

La beauté est-elle plus importante que le confort ? 

Pourquoi devrais-je choisir ?

Quels designers vous inspirent ?

Beaucoup. J’ai eu la chance de rencontrer des très grands noms, comme Castiglione… Tous ces gens m’ont influencé dans ma manière de créer.

Si vous étiez un objet, lequel seriez-vous ?

Je ne sais pas, un trolley de boissons (sourire) ? Si j’étais un animal en revanche, je serais un rhinocéros !

Qu’aimeriez-vous que l’on retienne de vous dans 15 ans ?

Je vous retourne la question : doit-on vraiment se souvenir de moi dans 15 ans ? Si oui, j’aimerais que ce soit comme quelqu’un doté d’idées originales.