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Bold#58

REQUIEM POUR UN GEEK

Après plusieurs décennies de débats, et malgré l’absence de consensus scientifique, le « trouble du jeu vidéo » a été officiellement reconnu comme une pathologie par l’Organisation Mondiale de la Santé
le 25 mai dernier. Après une période d’incubation débutée durant l’enfance avec un petit plombier à la salopette rouge désormais mondialement connu (pour ceux qui auraient l’esprit mal placé je ne parle évidemment pas de ceux
que l’on retrouve dans certains films un peu douteux), le diagnostic est sans appel ; je suis atteint par le mal dépeint par l’OMS.

Hypocondriaque notoire fiché dans les différents hôpitaux du pays, je me suis senti dans l’obligation d’en parler à mon médecin. Sa secrétaire, elle aussi au courant de ma nosophobie et toujours à l’écoute de mes symptômes, m’a conseillé de consulter un spécialiste autre qu’un généraliste. Ne voyant pas du tout de quoi elle pouvait parler, je me suis retrouvé avec comme seul recours d’en discuter avec d’autres souffreteux dans mon genre que l’on peut croiser sur différents forums spécialisés. Après avoir perdu un temps précieux du reste de ma vie à lire des commentaires plus saugrenus les uns que les autres, il était de nouveau temps pour moi de me confronter au monde réel. Et quoi de mieux qu’un bon concert pour retrouver les joies de la sociabilisation ? Sur place, et alors que celui-ci résonnait en moi tel un requiem, j’observais le public en pensant à ma présumée addiction.

Face à moi, une grande partie de la salle profitait alors de l’événement, les yeux rivés sur son smartphone, ne résistant pas à la tentation de partager une multitude de photos et vidéos sur Instagram, Facebook et autres réseaux à sa disposition.
Impossible alors, pour moi, de ne pas faire un parallèle avec mon assuétude tant le fait de profiter de l’instant présent semblait alors passer au second plan. Si l’OMS évoque à juste titre le fait que la pratique intensive du jeu vidéo puisse,
dans certains cas, s’accompagner de comportements sociaux dysfonctionnels, qu’en est-il alors de la myriade d’autres activités inhérentes à notre société contemporaine ? Tandis que les médias sociaux ont complètement métamorphosé
notre manière de profiter de nos instants de vie – y compris les plus anodins -, nous figeant ainsi dans un étalage de moments qu’il est important d’exposer à qui veut bien les voir, je me dis que dans le dispensaire des maladies liées aux troubles numériques je ne souffrirai, au moins, pas de solitude…

Enfin, je me rassure surtout avec cette théorie de Nietzsche, pour qui, « la maturité de l’homme est de retrouver le sérieux qu’il avait au jeu lorsqu’il était enfant ».

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