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« Infiniti » propulse Céline Sallette de l’ex-URSS au cosmos

Voyage des steppes du Kazakhstan à la Station spatiale internationale, la nouvelle mini-série de Canal +, « Infiniti », thriller de science-fiction porté par Céline Sallette et tourné en partie en Ukraine, résonne étrangement avec l’actualité en s’aventurant dans le cosmodrome de Baïkonour, base de lancement russe en déclin.

Présentée en avant-première samedi au festival Canneseries et diffusée à partir de lundi sur la chaîne cryptée, cette fiction en six épisodes de 52 minutes s’ouvre sur un accident de l’ISS, dont l’équipage est en perdition.

En parallèle, un corps décapité et couvert de cire, retrouvé sur un toit au Kazakhstan, est identifié comme étant celui de l’astronaute américain Anthony Kurz (Lex Shrapnel), actuellement en mission… à bord de la Station. Un paradoxe que tentera de résoudre un duo atypique: Anna Zarathi (Céline Sallette), spationaute française écartée du programme spatial, et Isaak Turgun (Daniyar Alshinov), flic kazakh en lutte contre la corruption à l’oeuvre dans son pays, ex-république soviétique d’Asie centrale abritant l’enclave russe de Baïkonour.

Surfant sur le succès médiatique de Thomas Pesquet, inspirée de rencontres avec des astronautes comme Claudie Haigneré, première Européenne dans l’espace, la série investit avec audace un genre associé aux Anglo-Saxons. Réalisée par Thierry Poiraud (« Zone blanche »), elle peint aussi la fin d’un monde, à l’heure de la montée en puissance des sociétés privées comme SpaceX.

« Guerre froide »

A l’origine du projet, l’envie des auteurs Stéphane Pannetier et Julien Vanlerenberghe d’écrire sur le contraste entre la base spatiale de… Kourou, en Guyane, et la jungle autour, avec ses villages d’Amérindiens et leurs croyances ancestrales.

« En creusant un peu plus, on s’est rendu compte que cette confrontation entre la science et une sorte de spiritualité » se retrouvait « dans tous les endroits où on faisait décoller des fusées », a expliqué Julien Vanlerenberghe lors d’un point-presse en mars. Il s’agit d' »endroits assez déserts », a ajouté le scénariste, encore marqué par la présence de « troupeaux de chameaux » près de Baïkonour, d’où sont partis Spoutnik et Youri Gagarine.

En choisissant finalement ce territoire russe, loué jusqu’en 2050 au Kazakhstan, indépendant depuis 1991, les auteurs ont pu facilement « augmenter les enjeux » de leur intrigue. Tout en faisant écho malgré eux à l’actualité, venue rappeler « que les choses qu’on pensait oubliées, ces fantasmes de la guerre froide, finalement, n’appartiennent pas qu’à la fiction », a déploré Julien Vanlerenberghe, deux semaines après le début de l’invasion russe de l’Ukraine.

« Tour de Babel »

La plupart des scènes d’intérieur ont été filmées dans ce pays, « terre de tournage au niveau technique très élevé », selon le producteur Eric Laroche.

D’où un « lien évidemment douloureux » avec les « amis » restés « là-bas », a souligné Céline Sallette lors de ce même point-presse, les mots « UKRAINE » et « PEACE » écrits entre les épaules et la poitrine. « C’est quand même hallucinant de voir aujourd’hui les rues de Kiev dans lesquelles on a circulé joyeusement, et d’imaginer aussi ces gens (…) à la fois combattant et tentant de survivre », s’est émue celle qui a vécu deux mois et demi dans la capitale ukrainienne l’année dernière.

« On est en contact régulier avec toutes les équipes là-bas, tout comme on l’était avec celles du Kazakhstan », théâtre d’émeutes meurtrières en janvier, a indiqué Eric Laroche. Stéphane Pannetier a également eu une « pensée » pour « nos camarades dans l’ISS », alors que la collaboration spatiale entre Moscou et les grandes puissances occidentales, entamée à l’issue de la guerre froide, est mise à mal par le conflit.

La Russie a notamment affirmé mi-mars que les sanctions occidentales la visant pourraient entraîner « l’amerrissage ou l’atterrissage » forcé de l’ISS. Tournée en français, en anglais ou encore en russe, « Infiniti » illustre bien « la tour de Babel » que représentent « la conquête spatiale et la Station internationale », selon Eric Laroche. « Il faut la regarder en VO, ça fait partie du voyage », insiste Julien Vanlerenberghe.