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Antha : On a succombé au « Spleen »

Textes : Loïc JURION , Carl NEYROUD
Image : Mohamed Bourouissa & REFERENT

Orties (Kincy, Antha) s’est effeuillée et c’est maintenant seule que la jumelle Antha nous invite dans un trip des plus perturbant en reprenant les principaux codes sonores en miroir à l’égo-trip Hip Hop qui s’est imposé en haut des charts.

D’entrée de jeu, son nouvel album au titre Baudelairien Spleen, propose les scintillements hypnotiques des cymbales du trap, les envolées de voice-coder tintées d’auto-tune et basse dubstep répondant aux beats à la limite de la saturation (Eclipse).On retrouve les plupart des « archétypes » du son « stéroïdé » proposé par les hommes du « game » avec Inferno , sauf que, l’oracle de cette chanson est une jeune femme qui nous témoigne de sa perception d’un monde « patriarcal » dont l’édifice se fissure (enfin).

Avec Emeraude Rubis Saphir, cet égo-trip conjugué au féminin n’est pas des plus accueillants qu’il soit et à l’écoute de cet album composé de 11 titres dont les textes nous interpellent tout de suite, les amateurs de punch line à base de « schnek » vont se prendre un bon gros retour de bâton derrière les oreilles « j’appuis sur la gâchette, il n’y a aucune âme qui sort de ta tête baby, du sang s ‘écoule de ta GUCCI casquette ». Soyons clairs, quand les femmes de la trempe de la jolie Antha prendront le  pouvoir, notre monde  ne deviendra pas pour autant une verdoyante et luxuriante vallée par un simple coup de baguette magique…

La production est dans la droite lignée des « cadors » masculins de la discipline. Or, cette voix féminine auto-tunée accapare tout de suite l’attention et propulse ses textes en première ligne. Et la demoiselle nous invite à un voyage vers les profondeurs de son âme. L’écoute de cet audacieux opus ferait  penser au film « Her », peut-être à cause de ce côté numérisé et désincarné de cette voix hypnotique… Par moments, nous avons l’impression d’avoir affaire avec la fille illégitime de Gaspard Noé et de Virginie Despentes qui nous expliquerait ça condition inhumaine dans ce « Man’s Man’s Man’s World… »

Comme Thelma sans Louise, Antha roule à tombeau ouvert vers un précipice forgé par un mal intérieur insondable. A partir du titre de Lolita et du très justement nommé Les Tourments, la production devient plus audacieuse, plus intimiste, moins antithèse des règles du milieu imposées par Booba et consorts…

La violence latente revient avec Fra Angelico et le dépouillement total de l’orchestration articulée autour de chœurs hyper numérisés qui sont propices au retour des punchs lines percutantes (« Batman et Jésus c’est tous les 2 les même mythos…,  »)… Dans la même lignée instrumentale et aux sons des sirènes de la nuit, nous devenons avec elle ces éphémères qui vont se bruler les ailes à la lueur des Néon noirs de la ville…

Le Spleen de l’album prend tout son sens avec le confort des loops très Chemical Brothers qui deviennent les fondations du magnifique (et on espère non prophétique) Héroïn.

Quand arrivent les cuivres de Gothiques Stalactites, que l’on jurerait samplé d’un gimmick d’Aznavour, on se dit que l’on retourne dans une zone de confort salvatrice pour cet album dense et obscure. Mais c’est sans compter sur le retour de cette voix hypnotique qui impose ses textes qui font mouche une nouvelle fois. Ensuite, Antha floute encore les cartes avec Les Algues à la dynamique proche de ce que faisait La Femme sur le versant « rock » du son de notre dernière décade. Ce titre faussement simple demande plusieurs écoutes pour pouvoir en apprécier la portée.

Cette traversée du Spleen se termine sur Intérieur Cuir où sont énumérés les composantes du machisme actuel sans les viser directement. Une dénonciation moins frontale qui laisse espérer que Antha s’est apaisée le long de ce très intéressant album témoin d’une sombre introspection. On pourrait croire qu’elle a appliqué pour son album solo les vers du poète maudit :

« Allume ta prunelle à la flamme des lustres,

Allume le défi dans le regard des rustres »

     C BAUDELAIRE

Album disponible ICI 

Spleen Tracklisting :

1. ÉCLIPSE
2. INFERNO
3. ÉMERAUDE RUBIS SAPHIR
4. LOLITA
5. LES TOURMENTS
6. FRA ANGELICO
7. NÉONS NOIRS
8. HÉROÏNE
9. GOTHIQUES STALACTITES
10. LES ALGUES
11. INTÉRIEUR CUIR