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Ibrahim Maalouf : « Chaque rencontre est particulière »

Alors que l’instrumentalisme le plus populaire de la scène musicale française était de passage à Den Atelier il y a quelques semaines afin de présenter son 11e album studio S3NS, nous l’avons rencontré afin qu’il évoque avec nous cet opus qui se révèle être une véritable invitation au voyage à travers un métissage musical qu’il rythme par des sonorités énergiques.

Votre nouvel album S3NS sort le 27 septembre prochain. Comment le qualifieriez-vous et qu’est-ce qui vous a inspiré ce projet ?

C’est compliqué à expliquer, en réalité si je fais la musique c’est parce que je n’arrive pas à mettre de mots sur l’inspiration. Je me suis énormément inspiré de la musique latino et cubaine, c’est LE signe distinctif de cet album mais pas seulement. Mes expériences dans l’enregistrement et la précision dans mes choix ont beaucoup contribué à l’élaboration de ce travail. C’est pour ça qu’il n’est pas long, il fait 45 minutes à peine mais c’est le résultat d’années et d’années d’expérience. C’est un album très réfléchi et une sorte de bilan de tout ce que j’ai pu faire jusqu’à aujourd’hui.

Le 3 à la place d’un E qu’est-ce que ça représente ?

Il y a plusieurs grilles de lecture donc plusieurs symboliques. J’entretien depuis longtemps un rapport cérébral avec la notion de la réalité et de vérité, ça se ressent notamment à travers l’album Illusions. J’ai remplacé le E par un 3 pour trois raisons : le sens qu’on donne aux choses donc étymologique, le sens de la direction et les 5 sens. Ce mot me passionne parce qu’il veut dire beaucoup de choses, tout est lié et on ne fait pas forcément attention. Au-delà de ça, le nom de l’album c’est aussi un petit jeu cérébral que j’ai élaboré pour voir si les gens le lise « SENS » ou « S3NS ». C’est très révélateur de la personnalité. Si on lit « S3NS » c’est qu’on ne regarde pas plus loin, et qu’on s’arrête là où on ne comprend pas, j’aime les gens qui lisent « SENS », ça prouve une certaine réflexion de leur part.

Dans la musique “Happy Face” on sent plusieurs tonalités mais celle qui se ressent le plus c’est la touche latino-cubaine. Pourquoi ce style plus particulièrement ?

L’Amérique latine et Cuba m’inspirent beaucoup. Ca fait longtemps que je fais des collaborations avec des musiciens sud-américains et cubains mais je n’avais jamais présenté de résultats, notamment dans mes albums. Dans ma famille, il y a des origines latines, tout le monde parle espagnol, ma petite sœur est à moitié chilienne et mes cousins sont cubains. Ca fait partie de moi et je suis heureux qu’aujourd’hui ce style enveloppe mon nouvel album.

Dans vos autres albums déjà, vous utilisez plusieurs styles de musique différents. Du jazz au hip-hop en passant par la musique classique, comment travailler vous ce “métissage” ?

Une fois de plus, ça fait partie de moi, mais pas que. On vit dans un monde de plus en plus métissé, j’appartiens à mon époque et je fais rien d’autre qu’écouter l’époque dans laquelle je vis. Nous les artistes, nous sommes témoins de cette époque et notre rôle est de laisser une trace de celle-ci. Notre monde d’aujourd’hui est multiculturel et je cultive cette notion ardemment dans mon travail. Étant un arabe ayant grandi en France, je fais complètement parti de ce métissage, je me sens concerné, alors dans ma musique ça se ressent.

Vous avez joué aux côtés de Sting, Tryo, Matthieu Chédid, Lhasa de Sela, Vanessa Paradis ou encore Grand Corps Malade. Comment avez-vous vécu ces collaborations toutes différentes musicalement les unes que les autres ?

Là ce sont les plus notables, mais j’ai collaboré avec d’autres gens pas très connus et tout aussi intéressants, notamment dans la musique du monde, dans le jazz. Le degré d’implication n’est pas le même selon les artistes, les collaborations sont variées. Chaque rencontre est une rencontre particulière. Les rencontres comme celles de Lhasa de Sela, c’est elles qui m’ont mis le pied à l’étrier. En l’occurrence c’est une femme formidable, elle m’a donné confiance en moi. Certaines rencontres sont très intenses et d’autres sont plus destinées au featuring. J’ai toujours aimé m’adapter aux sons des autres avec ma propre musique. Quand j’étais petit je mettais la radio, j’écoutais les musiques et je jouais par-dessus avec ma trompette, j’adore faire ça, parce que je m’inscrit dans un jeu qui n’est pas le mien et je le colore à ma sauce.


Retrouvez l’intégralité de cet entretien dans notre numéro 60 disponible actuellement !