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Noé Preszow, l’enfance sauvée des eaux

« Une lettre écrite à l’enfant que j’étais, lui promettant de revenir » : l’évocation qu’il fait d’une de ses chansons peut coller à tout l’album de Noé Preszow, nommé parmi les révélations des dernières Victoires de la musique.

Le Belge pas encore trentenaire, qui signe une pop aux textes de joaillier, cite parmi ses influences aussi bien les Daft Punk que Gérard Manset. Il dit aussi s’être rendu à Paris le jour de l’hommage national à Johnny. Mais pendant l’interview, c’est le nom de Renaud qui reviendra le plus souvent.

Y compris quand il parle de ses petits boulots avant la musique à temps plein, comme ce séjour en Irlande pour « travailler la terre et jouer de la musique dans des pubs ». « +Molly Malone – Balade irlandaise+, de Renaud, on dit que c’est son pire album, pour moi c’est un de mes préférés ».

Mais s’il aime autant l’auteur de « Mistral gagnant », c’est parce que Noé Preszow (prononcer Préchof) n’a « jamais été intéressé par les chanteurs adultes ». « Renaud s’est retenu longtemps d’être mélancolique, il devient ce qu’il devient, libre à lui, je l’aime toujours autant, mais même quand il raconte son divorce il n’est pas pour autant adulte. Higelin n’en parlons pas, c’est comme Indochine, Louise Attaque, tous ces artistes ne sont pas adultes, ils ne vont pas se poser dans leur bureau pour faire des petites chansons ». 

Les fêlures de l’enfance

Le thème de l’enfance – la sienne ou celle des autres – éclabousse donc son album « A nous » (sorti chez Tôt ou Tard). Dans « L’étang », il imagine que cette poche d’eau le regarde. Que verrait-elle ? « Le même que quand j’étais enfant, je suis encore un enfant, je vais le rester. Les fêlures de l’enfance ne vont pas changer ». 

Le barbu se range lui-même dans la catégorie de ceux qu’on ne remarque pas en soirée, un peu gauche, un peu en décalage. Il va sans doute recharger ses batteries de confiance avec la sortie de son disque. Déjà parce qu’il a été nommé parmi les révélations des Victoires (catégorie remportée par Hervé). « Je suis hyper content de ça. Cette nomination, c’est comme si on devenait une évidence dans le paysage: +il est là+. Ca m’a plu ».

Musicalement en tout cas, il n’a plus à se chercher. « Je me suis trouvé le temps de l’album ». Il sait même comment, par petites touches impressionnistes, parler de son environnement familial, sans trop en dire.

« Exils » évoque ainsi l’immigration au travers d’un père qui parle de son fils éloigné. On l’interroge alors sur la question des déracinés, des familles ébranlées par les grands soubresauts de l’Histoire, lui dont le nom de famille a des souches polonaises et se retrouve de la Moldavie à la Grèce. 

« Né en manif »

« Sans doute, inconsciemment, c’est une manière de parler de mes grands-parents, c’est quelque chose que j’avais intégré, mais en discutant avec les plus âgés de ma famille, certains ont été privés de leurs parents, il n’y a pas de mystère, c’était pendant la guerre, une partie de ma famille est morte, les autres furent séparés ». Il n’en dira pas plus, pudique. 

« Le monde à l’envers » est la seule chanson d’actualité, qui dénonce les violences policières au cours d’une manifestation. Mais là encore, l’histoire familiale ressurgit. 

« Je suis né en manif (rires), mes parents eux-mêmes sont nés en manif (rires), j’ai toujours vu de ça de près, des gens castagnés pour rien du tout, j’ai même eu une expérience assez désagréable assez jeune ». On retrouve ici une contestation chère à Renaud et une mésaventure qui a dû le dissuader de grandir, encore une fois.