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Youssoupha, vers l’infini et au-delà

Son fils est vêtu en cosmonaute sur la pochette : Youssoupha met son rap en orbite dans son dernier album, pour faire le point sur son parcours et ce qui restera dans le regard de ses enfants.

« Neptune terminus : origines », prévu vendredi, n’est pas une banale réédition de « Neptune terminus » sorti l’an dernier. On y trouve dix titres inédits lancés d’Abidjan (Côte d’Ivoire). C’est le lieu de résidence depuis quelques années de ce rappeur de la région parisienne, arrivé gamin en France depuis Kinshasa (RDC). Ce changement de décor lui a permis « de déplacer les points de vue », comme il l’explique lors d’une rencontre à Paris.

Dans le morceau « Meilleur », il rend ainsi hommage à sa mère, classique chez les rappeurs, et à son épouse, la mère de ses enfants, chose rare. « L’épouse, et mère de nos enfants, thème peu abordé, permet de se remettre en cause, de prendre de la hauteur, de faire l’état des lieux, parler de gens qui m’ont rendu meilleur », développe cette figure du rap conscient (opposé au gangsta-rap).

Le « regard de mes enfants est devenu important, le temps qui passe agit », ajoute le quadragénaire. « Ceux qui disent : ‘Moi, je n’ai jamais changé’, je trouve ça hyper-triste. Moi, je veux évoluer, mettre de la nuance ». Alors qu’il s’interroge sur le bien qu’il a pu répandre autour de lui, on lui rapporte les propos de MC Solaar l’année dernière : « Quand je ne faisais rien, il y a quelqu’un qui me surmotivait, qui m’envoyait des messages pour me faire revenir à la musique, c’était Youssoupha ». Sans oublier que MC Solaar veut collaborer avec lui.

« Maman, j’ai réussi »

« MC Solaar, c’est un phare pour moi. A ce niveau de validation, on est dans le ‘maman, j’ai réussi’, souffle Youssoupha. Il a inspiré ma manière d’écrire, je lui dois de l’argent en fait (rires) ».

Comme son illustre aîné, le « lyriciste bantou », un de ses surnoms, pose un regard à 360° sur l’industrie musicale. Son titre d’ouverture s’appelle « Amapiano », nom de ce son électro aux synthés planants parti des townships d’Afrique du Sud pour se retrouver sur les platines des DJs à Paris, Londres ou Manhattan.

« On vit un moment clé pour la diffusion de la musique venue d’Afrique, décortique-t-il. C’est dû à la globalisation à travers le digital, mais surtout à la façon dont la musique africaine s’est décomplexée ». « L’Afrique anglophone est plus avancée, pas dans les propositions musicales, mais dans l’approche, ça casse beaucoup de murs, ça va inspirer le reste du continent », prédit-il.

Il pose le même regard analytique sur ce qui se passe en France, où il revient régulièrement. Y compris les polémiques qui l’ont concerné. Comme quand le Rassemblement national (RN) dénonce sa chanson pour l’équipe de France de football avant le dernier Euro.

« Ce monsieur est une grosse blague« 

« Je l’ai vécu en décalage. Tu es à Abidjan, avec tes enfants, tu développes tes projets et tu reçois sur ton téléphone des images de gens hyper-sérieux avec des cravates qui disent dans les matinales : La nation est en péril… »

« Ensuite, ça m’a inquiété : C’est vraiment le genre de débat que les gens méritent en France ? Il n’y a rien de plus grave ? Je ne savais pas que j’étais aussi important ». Le RN accuse alors le rappeur d’avoir proféré dans un ancien titre des menaces de mort envers Eric Zemmour. Attaqué en justice en 2009 par ce dernier pour injures et diffamation, Youssoupha, qui l’avait traité de « con » et appelait à le faire « taire », a gagné en appel en 2012.

« A l’époque, je prenais ce monsieur (Zemmour, désormais candidat à la présidentielle) pour une grosse blague. Je ne comprenais pas les gens qui disaient : Il ne dit pas que des conneries. C’est faux, lui, c’est fumeux, zéro créativité, de la vieille idéologie recuite. La blague dure beaucoup trop longtemps maintenant », conclut l’artiste.