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Clara Luciani : « Je me regarde avec plus de tendresse »

Interview : Mathieu Rosan
Photos : Alice Moitié

Nous l’avions rencontré il y a trois ans après la sortie d’un premier album qui nous avait littéralement envouté. Danser mais ne rien lâcher sous la boule à facettes : Clara Luciani est de retour avec un deuxième album aux élans disco parsemé de messages forts comme elle sait si bien le faire. De passage par la Rockhal il y a quelques semaines, nous en avons profité pour échanger à nouveau avec l’une des artistes francophones les plus douées de sa génération. 

Cœur, ton dernier album, est plus solaire que le précédent. Après les derniers mois que nous avons passé, c’était important pour toi de proposer un album aussi feel good ? Ou c’est quelque chose que tu avais déjà en tête avant la pandémie ?

C’est effectivement un album qui s’est construit en partie suite à ce que nous avions traversé. Je crois d’ailleurs qu’il a cette couleur car j’avais autant besoin de faire quelque chose de joyeux pour moi, que de faire danser les gens dans un élan plus altruiste afin d’oublier ce que nous étions en train de traverser. 

Tu as ressenti une pression particulière après le carton de Sainte Victoire ? 

Oui terriblement. C’est vraiment une question que l’on m’a très souvent posée. Finalement, à chaque fois que j’y réponds, je prends peut-être un peu plus conscience du poids de mon précédent album. Si beaucoup de personnes y ont pensé, c’est qu’effectivement le fait de revenir après un disque qui a bien fonctionné génère une pression et un stress supplémentaire. Après, j’ai un ami qui m’a très justement confié qu’après un échec sur un premier album, le stress aurait été encore plus grand (sourire).  

Justement, dans ton premier album, il y a un titre qui est devenu un véritable tube (La Grenade). As-tu eu peur d’être la fille d’une seule chanson ? 

J’y ai pensé c’est vrai, et c’est effectivement désagréable comme sentiment. Il y a encore des gens qui, dans la rue, m’appelle « La Grenade ». Après, je pense que j’ai fait mes preuves et j’arrive avec des chansons dans lesquelles j’ai vraiment confiance même je dois admettre que j’ai déjà eu cette peur bleue quelque part.

« Plus je découvre de nouvelles formes d’amour et plus je nourris l’envie de les raconter »

Clara Luciani

Dans Sainte Victoire, lorsque tu évoquais l’amour, c’était toujours dans la souffrance et la mélancolie. Ici, tu le fais de manière plus rieuse. Qu’est ce qui a changé chez toi ?  

J’ai fait un pas en arrière, j’ai pris du recul et j’ai appris à m’amuser de la situation. Lorsque l’on a le nez dans son malheur on ne se rend pas toujours compte des choses. Dans Cœur je dirai que c’est davantage un regard comme j’ai pu avoir dans les toutes premières années de ma vingtaine. Je me regarde avec plus de tendresse et, comme tu dis, avec un petit sourire en coin !

Cœur fait vraiment du bien au moral. Est-ce qu’il t’a également aidé à passer ces mois privés de public et de tout ce qui entoure la vie normale d’une artiste ? Ça et Animal Crossing évidemment…  

Surtout Animal Crossing (rires) ! En dehors de cette merveille vidéoludique, je m’estime extrêmement chanceuse d’avoir pu vivre ces moments de studio à ce moment-là. Ce fut pour moi une vraie échappatoire ; des moments où j’avais un semblant de vie sociale et durant lesquels ma vie reprenait un sens. Travailler sur quelque chose d’aussi solaire c’était aussi anticiper la lumière au bout du tunnel. Ce fut vraiment une bénédiction de travailler sur ce disque. 

La chanson évoque justement la soif de liberté, celle de séduire, de croquer la vie à pleines dents. Est-ce que ce sont des sentiments qui se sont exacerbés chez toi depuis la pandémie ?

Chez moi et chez les personnes qui m’entourent finalement. Ce sont des choses qui nous ont cruellement manqué pendant trop longtemps et que l’on souhaite expérimenter à nouveau. On a été privé du regard des autres, et même si c’est un regard qui peut faire mal évidemment, c’est aussi un regard qui est souvent stimulant et qui nous donne confiance. En tant que chanteuse c’est compliqué d’exister sans cela. 

L’amour avec un grand A est une énorme source d’inspiration pour toi. Que ce soit l’amour charnel, l’amour d’un proche ou celui d’un membre de notre famille. Au même titre que Françoise Hardy par exemple, tu te vois écrire sur l’amour toute ta vie ?

Oui, déjà car il ne s’agit pas d’un mot au singulier. Il y a une multitude de formes et de choses qui peuvent définir l’amour. C’est une source inépuisable d’inspiration. Plus je vieillis, plus je découvre de nouvelles formes d’amour et plus je nourris l’envie de les raconter. 

« Je suis constamment en train de me remettre en question »

Clara Luciani

Justement, si demain tu trouvais l’amour de ta vie, qu’est-ce qui pourrait changer sur ta manière de chanter l’amour ?

C’est compliqué de savoir lorsque l’on a trouvé l’amour de sa vie. C’est vraiment quelque chose qui est difficilement perceptible. On peut le croire, mais de mon côté, je suis constamment en train de me remettre en question au même titre que mes relations. Ce sera donc toujours pour moi un sujet inhérent à de multiples questionnements (rires).  

Dans Jsais pas faire tu évoques un manque de confiance en toi qui est toujours présent. Pourtant depuis plusieurs années tu es portée par le succès, la notoriété et tout ce que cela comprend. Tu penses que c’est un sentiment qui t’accompagnera toujours malgré une réussite qui te prouve chaque jour le contraire ?

J’ai l’impression que j’ai appris à dompter ce sentiment avec le temps. J’arrive désormais à être à la télévision ou en photo et c’est déjà une énorme étape pour moi. Après je pense que je serai toujours un peu incertaine. Mais quelque part, je ne sais même pas si j’ai envie de lutter contre le fait que je ne me plaise pas. Il y a quelque chose d’un peu fatiguant chez les gens qui se plaisent trop. Je préfère être à l’inverse de cela finalement (rires). Les gens qui s’aiment beaucoup c’est quand même assez exaspérant. 


Entretien à retrouver en intégralité dans notre édition 71