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« Common Sense » : Chronique d’une évolution pour les Viagra Boys ?

Texte : Loïc Jurion & Carl Neyroud
Photos : Carl Neyroud/Deadly Sexy Carl
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Dans la perspective d’un nouvel album qui devrait paraître cet été, le talentueux groupe Suédois « Viagra Boys » qui sera à l’affiche du festival Siren’s Call dans l’abbaye de Neumünster au Luxembourg (powered by Den Atelier) vient de sortir 4 nouveaux titres.

Cet EP débute par le morceau titre « Common Sense » qui s’avère être des plus déstabilisant… Surprenant mais finalement très intéressant après plusieurs écoutes. Les belles mélodies de clavier dignes de Kraftwerk rendent cette chanson beaucoup plus profonde qu’il n’y parait avec une nouvelle approche du chant laissant augurer de nouveaux horizons  et perspectives pour l’avenir.

Est-ce l’amorce d’un virage pour ce jeune groupe (2015) qui a déjà publié 2 EP remarquables (et remarqués) avant d’aboutir sur leur excellent premier album « Streets Worms »?

Leur nouvel effort est prévu pour cet été avec une tournée européenne bien dense programmée pour cet automne.

Avec le 2ème titre, le groupe nous ramène dans sa zone de confort pour le plus grand bonheur de la fan base. De très bonne facture, « Lick The Bag » frôle même le style Electro Clash teinté d’Indus avec notamment la transe du saxophone qui arrive à bout de souffle à la fin de cette course folle et hypnotique. À la manière d’un upgrade de « Research Chemicals » et « Slow Learner »  cette nouvelle composition nous laisse entrevoir l’angle d’attaque de l’interprétation lors des prochains (nombreux) lives à venir.

À noter que ce crew fait partie des stakhanovistes du game et ils sont pratiquement en tournée permanente pour des prestations live toujours de haut niveau. Menées par le charismatique Sebastian Murphy, tatoueur (et tatoué) de son état, ce fils caché sous acide de Shane MacGowan et Serge Gainsbourg a laissé entrevoir, lors de ses prestations scéniques à la recherche d’un état de décadence, des potentiels lyriques et introspectifs prometteurs.

C’est donc sur ce dernier EP que le masque tombe avec le 3ème titre « Sentinel Island ». Alors que l’on fête les 25 ans de l’album « To Bring You My Love », voilà que les Viagra Boys déboulent sur la rivière que nous avait dévoilée la mythique PJ Harvey. Tandis que notre déesse Anglaise se faisait emportée sous les flots, Sebastian Murphy est, quant à lui au-dessus de la ligne de flottaison, campé sur son canoë pour faire le même itinéraire dans une version masculine. Et avec ses musiciens, son embarcation est équipée d’un sacré bon moteur qui s’avère aussi fin qu’efficace.

On peut remarquer une montée en puissance du travail du saxophone qui répond et complète parfaitement la voix. Tous deux placés juste au-dessus des instruments nous prouvant ainsi le savoir-faire d’une production qui a compris comment tirer le meilleur de ces musiciens talentueux qui ont réussi à créer leur signature en à peine 5 ans d’existence.

Il y a dans cette chanson le « je-ne-sais-quoi » qui nous prouve que le Rock n’est pas prêt de mourir tant qu’il y aura des artistes capables d’ouvrir leurs chakras en sachant doser minutieusement travail et mise en danger. Cette fois, l’épicentre situé en Suède nous prouve que les résurgences de ce bon vieux démon peuvent venir de n’importe où dans le monde, et que nous devons régler nos radars pour balayer de plus en plus loin et élargir le faisceau  pour trouver de telle pépite.

Si cette descente fluviale tout en maîtrise vous a plu, vous pouvez vous laisser surprendre par « Blue » qui s’avère être une chanson aussi magnifique que peu accessible. Dès l’ouverture tout en dissonance et en discontinuité, la voix nous happe dans ces mélodies enfumées et s’étire de tout son long jusqu’au cliquetis et craquement des cordes vocales. Son venin fait baisser notre rythme cardiaque pour mieux nous laisser emmener vers l’envolée formée par les claviers.

L’un des points communs de ces 4 titres est le gain en profondeur des compositions, des jeux d’instruments et de la production. La montée en puissance d’un groupe dont le pilote devient l’un des personnages les plus intéressants de la scène rock actuelle.

Rendez vous le samedi 27 juin au festival Siren’s Call dans l’abbaye de Neumünster au Luxembourg pour vivre l’expérience Viagra Boys en live.