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Vieilles Charrues et Francofolies, festivals réinventés

Que le chemin fut long pour en arriver là : les festivals des Vieilles Charrues et des Francofolies démarrent en France cette semaine, passant du grand barnum à des petits formats adaptés à la crise sanitaire.

Catherine Ringer, Hervé, Vianney, Woodkid, The Avener ou Stephan Eicher, parmi d’autres, s’attèlent aux Charrues (de jeudi jusqu’au 18 juillet) tandis que Jane Birkin, Yelle, Benjamin Biolay ou encore Daniel Auteuil, devenu chanteur, embarquent à La Rochelle (de samedi au 14 juillet).

Pour être certains de se tenir, les deux rendez-vous ont arrêté dès cet hiver des jauges limitées à 5.000 personnes maximum. Et ne feront sans doute pas le plein, le pass sanitaire rebutant nombre de festivaliers potentiels. Peu importe, l’essentiel était de ne pas avoir deux années blanches de suite. Retour sur le parcours du combattant des organisateurs. « Dès octobre 2020, la perspective en 2021 d’un festival comme avant (270 000 spectateurs en 2019 sur quatre jours, annulation en 2020) devenait de plus en plus mince, on a commencé à réfléchir à un plan B », rembobine le directeur des Charrues, Jérôme Tréhorel.

Le format de dix soirées avec moins de spectateurs (rien la soirée du 12 juillet) est retenu par le rendez-vous breton de Carhaix. « Quatre soirées auraient été trop frustrantes, on voulait toucher d’avantage d’artistes, de public, impliquer le plus possible de bénévoles, prestataires, fournisseurs, intermittents, marquer les retrouvailles », détaille le responsable.

Mais à l’époque, personne ne sait si les festivals pourront avoir lieu l’été. « L’idée, c’était, si on nous y autorise, on met le pied dans la porte », se souvient Jérôme Tréhorel.

« Notre balise »

Même plan de bataille pour les Francofolies (150 000 personnes au total en 2019, édition symbolique en 2020). A l’automne, le festival rochelais part dans l’idée de réduire la voilure pour exister. « C’était notre balise, on se disait on va rentrer dans une tempête », expose Emilie Yakich, co-directrice des Francos.

L’annonce gouvernementale tombe mi-février, dans « un cadre très dur à l’époque, 5 000 personnes maximum, assises, distanciées », déroule Jérôme Tréhorel. Des gros festivals jettent alors l’éponge, comme le Hellfest, le Lollapalooza ou encore le Main Square.

Les bonnes nouvelles n’arriveront qu’à partir de la mi-juin: levée du couvre-feu, autorisation des concerts debout (75% de jauge en intérieur, 100% en extérieur), masque plus obligatoire mais seulement recommandé pour les évènements de plus de 1.000 personnes sous pass sanitaire. Théoriquement, Vieilles Charrues et Francofolies auraient pu augmenter leur jauge, mais ils n’ont alors plus le temps de changer leurs plans. Pour les autres gros festivals, l’absence de stars anglaises ou américaines, qui n’ont pu enclencher leur tournée européenne, reste rédhibitoire.

« Autre visage »

Aux Charrues, au lieu des deux scènes géantes du monde d’avant, une seule est installée à l’opposé de l’emplacement habituel. « On crée la surprise pour les festivaliers, qui vont découvrir un autre visage du site », glisse Jérôme Tréhorel. Le budget de 17 millions d’euros en 2019 évolue autour de 3,5 millions cette fois. Habituellement, jusqu’à 2 500 personnes travaillent sur le festival, ils ne sont que 450 cette année.

A La Rochelle, le festival se recentre sur les concerts (des rencontres littéraires ou projections de documentaires s’étaient développées ces cinq dernières années) et passe de 12 sites à 5. Le budget bouge peu en revanche (de 6 millions d’euros en 2019 à 5 cette fois). Tout comme le nombre de personnes impliquées, autour de 400, puisque « l’accueil a été renforcé, une équipe sanitaire est en place et puis, quand la grande scène est posée, la mobilisation reste importante », complète Emilie Yakich.

Souplesse aura été le mot-clé. Mais dans le milieu, on en a vu d’autres. « S’adapter, on l’a déjà fait, que ce soit face à des conditions météorologiques particulières, aux mouvements des intermittents, aux nouvelles configurations de sécurité après les attentats de 2015: quand on monte un festival, on le sait, il n’y en pas un qui ressemble au précédent » conclut Emilie Yakich.