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Youssoupha : « La musique n’a pas besoin d’être crédible mais simplement d’être bonne ! »

Interview : Mathieu Rosan
Photo : DR/Fifou

Youssoupha

Considéré comme l’un des plus grands lyricistes du rap français, Youssoupha sera de passage à Den Atelier le 28 mars prochain pour nous présenter son dernier album Polaroid Experience, qu’il a notamment produit au Luxembourg. Rencontre avant le concert avec l’une des références du rap francophone.


Dans Polaroid Experience vous évoquez le temps qui passe avec une certaine nostalgie. Après NGRTD, c’était important de vous retourner sur votre propre histoire, votre famille et vos proches ?

Oui vraiment. Depuis la sortie de ma première mixtape en 2007 et jusqu’à la sortie de NGRTD en 2015, disons que j’étais dans un tunnel de « sur-implication » dans la musique. J’ai eu la chance que mon rêve se réalise et de pouvoir vivre de ma passion, mais, il y a un moment, où ma vie ne se résumait qu’au rap. Je racontais de moins en moins ma propre vie, ou alors je la racontais de loin. J’ai donc décidé de prendre un peu de recul et de raconter d’autres expériences sous un angle un peu différent de celui du rappeur. Au final, ça m’a vraiment reboosté.

Justement, qu’est ce qui a changé dans votre manière de faire du rap ?

Je reste toujours exigeant mais je me suis décomplexé. Avant je me mettais une pression supplémentaire. J’avais un cahier des charges auquel je voulais absolument répondre quand je sortais un disque. Cette rigueur on peut dire que ça m’a permis de sortir les disques dont je rêvais, qui me ressemblent, et qui ont trouvé leur public. Tout cela on ne pourra plus me l’enlever. Ça me permet de me sentir beaucoup plus libre et affranchi finalement.

Vous êtes arrivé en France à l’âge de 10 ans et à 13 ans vous avez commencé à écrire. C’est votre nouvelle vie en France qui vous a poussé à l’écriture ?

Il y a un peu de cela effectivement. J’ai toujours été passionné par la langue française. L’écriture et l’amour de la langue sont d’ailleurs venues avant le rap. C’est finalement ma vie dans les quartiers qui a fait venir le rap à moi. C’était un socle parfait pour recevoir les textes que j’avais envie d’écrire. Mais oui, on peut dire que ma vie « française » a inspiré mon rap français. Souvent on me dit : « Youss, on dirait que t’es en conflit avec la France ! ». Mais non absolument pas ! La France m’a apporté quelque chose d’essentiel dans la vie, et ce qui a tout changé, c’est le rap français. C’est quelque chose qui m’a sauvé et si je n’étais pas venu en France je ne serai surement pas devenu rappeur, c’est évident.

Dans Polaroid Experience, vous mélangez beaucoup de styles musicaux (pop, afro-trap ou encore gospel). Vous ne vous fermez à rien finalement…

C’était important pour moi d’être libre et d’être pleinement moi-même. C’est pour cela que cet album c’est celui qui me ressemble le plus. Il y a beaucoup de spontanéité. J’ai envie d’aller là où les morceaux m’amènent. Si j’ai envie de chanter je le fais, si j’ai envie de rapper un gros pavé comme dans Polaroid Experience je le fais ! J’aime aller là où les morceaux me mènent.

Justement, on retrouve plusieurs morceaux sur lesquels vous chantez. C’est un exercice qui vous a l’air de vous plaire de plus en plus…

Oui clairement. J’aimais déjà cela avant, mais je le faisais en me cachant. Je faisais les harmonies derrière les voix rappées et ce genre de chose, mais je n’avais jamais vraiment assumé le fait de chanter. En tout cas pas pleinement. J’ai compris avec le temps que la musique n’a pas besoin d’être crédible mais simplement d’être bonne et donc, je ne m’interdis rien désormais. Je me considère toujours comme un rappeur, mais quand il y a des fenêtres qui me permettent de chanter, je chante.

Alors que vous êtes considéré comme l’un des lyricistes les plus affutés du rap français, quel regard portez-vous sur les rappeurs en vogue qui mettent parfois de côté la qualité des textes dans leurs sons ?

Je pense qu’il faut de tout pour faire un rap. Ça arrive souvent que des morceaux paraissent creux en termes d’écriture mais arrivent à proposer quelque chose d’intéressant musicalement. On ne peut pas faire que de la poésie sur papier. On peut écouter du Kaaris dans un contexte, du Nekfeu dans un autre, du Kery James dans un autre encore. J’aime qu’on puisse avoir le choix. Selon moi c’est cette diversité qui fait la richesse du rap français aujourd’hui.

Vous avez préparé certains de vos albums avec Cehashi au Luxembourg. Vous venez encore souvent ?

Oui je viens vraiment souvent. Cehashi, en plus d’être l’artificier musical et compositeur de mes albums qui ont compté le plus, c’est-à-dire les trois derniers, c’est mon frère. Donc quand on vient ici, je viens avec ma femme et mes enfants pour voir sa famille. Je viens au trois à quatre fois par an même si je n’ai pas de concert de prévu.

Retrouvez cet entretien en intégralité dans le Bold 57 qui sortira en avril prochain. 


Le 28 mars prochain à Den Atelier. Places disponibles sur www.atelier.lu