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Gringe : « Je voulais voir ce dont j’étais capable »

Interview : Mathieu Rosan

S’il n’a pas encore « tout lâché pour le septième art », Guillaume Tranchant – aka Gringe – a succombé aux chants des sirènes du cinéma. L’éternel acolyte d’Orelsan dont on a adoré les jouxtes verbales sur scène, autant qu’affalé dans un canapé dans Bloqués, vient d’accomplir un brillant coming out artistique. Fini de se cacher derrière un ton cynique et de se la raconter, Gringe se met à nu dans son premier opus – autobiographique – Enfant Lune. Un album déroutant et éprouvant, une corde de plus à son arc, tandis qu’il se révèle face caméra. Humble, sans pudeur ni fausse note, il nous livre toute sa vérité.

Enfant Lune est né dans la douleur. Qu’est-ce qui t’a poussé à aller jusqu’au bout ?

Finir cet album était très important d’un point de vue personnel. Il y a bien entendu une part d’orgueil dans cette obstination, je voulais être capable de me dire : ‘je peux le faire sans mes potes‘. J’ai longtemps été un éternel backeur. J’avais envie d’essayer l’autre côté. J’avais clairement un truc à me prouver.

La difficulté d’accoucher d’un album était déjà le sujet de Comment c’est loin. C’est l’angoisse de la page blanche qui te hante ou celle de te dévoiler ?

Ni l’un ni l’autre. Je dirais que c’est davantage la peur de l’oisiveté. En réalité, cela ne fait que quatre ans que j’ai un vrai travail (rires) ! Avant, je me laissais porter. Cette fois, c’est différent, je tiens mon destin entre mes mains. Je préfère avoir une longueur d’avance, anticiper d’un projet sur l’autre, plutôt que de prendre le risque de ne pas le voir se réaliser.

Quel a été le déclic ?

Tous ce que j’ai pu faire avec les Casseurs Flowters m’a donné confiance en moi et l’envie de voler de mes propres ailes. De voir ce dont j’étais capable, sans filet de sécurité. Je voulais raconter mon histoire aussi.

Justement, ton histoire est faite de nombreuses faiblesses et coups durs. Qualifierais-tu ce premier opus de cathartique ?

Carrément. J’ai mis énormément de moi dans Enfant Lune. J’y évoque plusieurs épisodes douloureux. L’écrire a été très dur et, paradoxalement, une fois le mécanisme enclenché, impossible de faire marche arrière. Il m’a demandé un an et demi et je n’en suis pas sorti indemne. J’avais besoin, malgré tout, de finaliser cette expérience, même si j’ai dû raviver de très vieilles blessures pour pouvoir les dépasser. Je devais mettre des mots sur ces choses pour les détruire, comme la relation avec mon père, par exemple.

Cet album signe la fin des Casseurs Flowters ?

Tels que tu les as connus, oui. Ce qu’on a vécu est incroyable, j’ai beaucoup appris et cela m’a ouvert énormément de portes. Dans les Casseurs, on m’a découvert comme un mec cynique, un peu inconséquent, pour qui « demain, c’est loin ». Guillaume Tranchant, c’est un autre mec. Quand j’ai commencé Enfant Lune, plusieurs sons étaient dans la lignée des Casseurs Flowters, mais ça ne fonctionnait pas, ce n’était pas moi. J’ai pris le risque de les laisser de côté, de sacrifier le côté léger, qui séduisait peut-être plus, pour aller vers des chansons plus personnelles, vers un concept plus introverti. Au risque, peut-être, de perdre des gens en cours de route. Il est imparfait, ce disque, mais c’est le mien, il me ressemble.

Tu as déclaré préférer recevoir un prix d’interprétation à une Victoire de la Musique. N’est-ce pas renier tes origines ?

Non, le cinéma et le rap ne m’apportent pas les mêmes choses. Le rap, l’écriture et les mots sont thérapeutiques : je raconte qui je suis. Le cinéma est plus léger, on se cache, d’une certaine façon, derrière un rôle. Emotionnellement, c’est plus facile.
De là à dire que je vais faire carrière dans le ciné, le chemin à parcourir est encore long (sourire). Mais j’ai pu m’offrir le luxe de refuser certains rôles. Dans la mesure du possible, j’essaye de sortir des carcans et des stéréotypes dans lesquels on pourrait m’enfermer, à cause de ma période Casseurs. Certaines propositions m’ont dérouté, mais on pense à moi. C’est bon signe !


Retrouvez l’interview en intégralité dans le Bold 56 dispo actuellement.